« Faites des bêtises, mais faites-le avec enthousiasme. » Colette

30 août 2002 Paris, VIIe arrondissement 14 heures

Nous sommes le 30 août 2002. J’ai 18 ans 7 mois et 2 jours.

Aujourd’hui je décide de commencer ma vie. Cette vie on me l’a donnée il y a 18 ans et c’est aujourd’hui que je l’accepte, avec ou sans remerciement pour ses destinateurs – mes parents.

Le ciel s’est voilé en quelques heures, à l’image de mon cœur et de mon enthousiasme. Au réveil l’espoir que ce jour sera différent mais dès la sortie du lit ce corps toujours aussi lourd et encombrant, et ce même s’il est à jeun et privé de vraie nourriture depuis plusieurs mois. Le vrai régime serait la mort, la disparition complète de ce boulet qui paralyse mon âme, qui l’emprisonne dans ces apparences trompeuses mais néanmoins essentielles. Suis-je ce que je suis ou ce que je serai ? Où est le choix ? Puis-je changer ma vie et la faire mienne si celle que les autres me donnent me ronge ?

Ils ne comprennent pas qu’à 18 ans on peut être une gosse de riche belle intelligente casée et se plaindre d’être malheureuse. Peut-on se réveiller un matin et décider d’être heureux ? Dire stop, arrêtez cette comédie, cette bienséance et ces bonnes manières qui camouflent mal vos faiblesses, vos trahisons, lâchetés, bassesses ?

Aujourd’hui je dis STOP. Ne me faites plus payer pour vos erreurs. Je suis encore jeune, vierge, innocente et compte le rester. Je ne serai plus votre esclave, votre chien bien dressé. D’ailleurs vous jugez que je suis mal dressée, à qui la faute ? C’est vous qui m’avez dressée… mais dans une telle haine de la vie et de moi-même qu’inévitablement un jour je me lève et je dis NON. C’est l’heure où les esclaves réclament un salaire : l’indépendance.

Tout ce que je vous dois je vous l’accorde mais dorénavant j’avance seule et armée alors j’avertis le monde : ne vous mettez pas sur ma route avec vos petits jugements et vos craintes car je vous écraserai, comme je n’ai pas eu la force, le courage et la volonté de le faire jusqu’ici. Aujourd’hui je suis forte, je suis remplie de votre haine et de vos frustrations, seulement moi j’en fais un moteur et non un frein. Je n’aurai que des remords et aucun regret. Vous m’avez tuée pendant 18 ans, aujourd’hui je ressuscite et je me prépare à vivre ma vie comme je l’entends et non plus – c’est fini – comme vous avez raté la vôtre. Il est interdit de faire payer à ses enfants le prix de ses propres fautes. A tous les parents ou plutôt à toutes les personnes qui ont un jour par hasard ou par amour « fait » des enfants : un enfant a besoin d’air et d’amour pour croître.

Née de l’amour, j’ai grandi par la haine. Aujourd’hui je me trouve à un carrefour, au début d’une nouvelle ère et j’ai un choix à faire entre l’amour et la haine, c’est ce que j’ai appris en vous voyant vous déchirer, vous entretuer et vous complaire dans vos petites guerres intestines.

Aujourd’hui je fais mienne cette parole : « Famille je vous hais. » Et aujourd’hui je le crie à la face du monde, car écrire c’est arrêter de se taire et je souffre trop de ce silence bien pensant et plus douloureux que toutes les insultes. J’ai ce courage que l’âge vous a pris : je dirai ma vie, j’étalerai ma souffrance et j’en dénonce maintenant les coupables : vous, qui m’avez faite telle que je suis mais cette fille-là je l’ai tuée ou plutôt vous l’avez tuée mais au lieu de charrier ce cadavre qui entrave ma liberté, je vous l’offre comme cadeau en guise d’adieu. Je ne vous en veux plus, je vous ai oubliés. Celle qui a tant pleuré sur votre méchanceté n’est plus. Vous ne pouvez m’atteindre désormais. Le petit canard boiteux est devenu un cygne, peut-être est-il noir mais il se lave de cette noirceur née de votre crasse et de votre petitesse.

Je serai grande et heureuse et cela sans vous. Aujourd’hui je vous raye de ma vie, celle qui s’émancipe aujourd’hui et qui se félicite de sa force et de sa ténacité. J’ai survécu et je suis forte. Vous êtes morts et vous êtes faibles. Allez au diable que je ne vous croise plus jamais car moi je me destine au paradis, au ciel et pour l’instant sur Terre.

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