Le fils de Sam Green, Sibylle Grimbert

Le-fils-de-Sam-GreenEt si Bernard Madoff avait eu un fils, travaillant à ses côtés, plus au moins au courant de ses fraudes financières, qu’aurait-il eu à dire pour sa défense ? Sybille Grimbert a choisi d’aborder par le biais du roman une affaire dont on a copieusement parlé dans les médias.

Un puissant financier américain entraîne les membres de sa famille dans ses vastes escroqueries. Alors qu’il prend conscience des méfaits perpétrés par son père, le fils de Sam Green se demande s’il a été victime ou complice. Cette analyse intime d’un scandale financier lui donne un nouvel éclairage et nous renvoie à nos jugements hâtifs.

Le portrait d’une société américaine affairiste où un self man peut atteindre des sommets, avant de connaître une terrible chute

Sam Green, roi de Wall Street, admiré et courtisé, a offert à son fils une enfance et une adolescence dorées. Mais lorsque commence le récit, mené par ce trentenaire promis à un avenir brillant, le roi est tombé, pour escroquerie, le nom adulé devenant aussitôt synonyme de honte et de haine. Le roman nous dévoile les coulisses d’une arnaque magistrale, tout en interrogeant la difficulté d’être le « fils de », surtout lorsque le père possède l’aura d’un escroc de grande envergure.

Cet examen de conscience du fils imaginé d’un double de Bernard Madoff, tiraillé entre doutes, colère, culpabilité, révolte, rejet du mensonge et de la dissimulation, nous touche, nous révolte. On passe du mépris pour ce monde sans scrupules à la pitié pour cet homme qui subit l’effondrement de sa vie et de ses repères. On rit jaune en découvrant cet univers privilégié, cette jeunesse insouciante, à l’abri de tout problème mais surtout en dehors de la réalité, complètement démuni quand cette dernière la rattrape.

Un roman percutant, inattendu, aussi tranchant que contemporain

On se laisse embarquer dans cette confession d’une crise de confiance et d’identité, où un fils analyse sa famille, son milieu, et son père, homme taciturne à la fois effacé et omniprésent, personnage assez fascinant de duplicité et de cynisme. Sybille Grimbert parvient à nous rendre ces personnages aussi détestables que touchants, en exposant sans aucune concession les faiblesses et compromissions, les hypocrisies et complaisances, les petits arrangements avec la morale. On en vient à se demander : et moi, qu’aurais-je fait ?

 

(Anne Carrière, 22 août 2013)

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