« La Nostalgie heureuse », Amélie Nothomb, Albin Michel, août 2013

Fidèle au poste depuis plus de 20 ans, la romancière belge livre son roman de la rentrée, le vingt-deuxième. Elle y raconte son retour au Japon, au printemps 2012, à l’occasion du tournage d’un documentaire. Elle y a vécu les cinq premières années de sa vie et a grandi en pensant qu’elle était japonaise. Cela fait seize ans qu’elle n’y a pas mis les pieds.

« Tout ce que l’on aime devient une fiction. La première des miennes fut le Japon. A l’âge de cinq ans, quand on m’en arracha, je commençai à me le raconter. Très vite, les lacunes de mon récit me gênèrent. Que pouvais-je dire du pays que j’avais cru connaître et qui, au fil des années, s’éloignait de mon corps et de ma tête ? »

Un voyage sur les traces de l’enfance

Dans ce court récit, l’auteur livre ses impressions, ce qui se joue sous la surface d’un visage impassible et que les images ne montreront pas : l’émotion, la peur, le doute, le vertige, la tristesse, toute la valse des émotions mêlées lors des retrouvailles avec des lieux et des personnes qui vivaient jusqu’alors dans sa mémoire.

« Qu’est-ce qu’une caméra peut percevoir de ce qui se passe en moi ? Elle capte les remous à la surface du lac. Je reste dans mes grands fonds, là où aucune lumière n’arrive jamais. »

Elle retrouve sa nounou, dans une scène très émouvante, puis le fiancé de ses 20 ans. Elle arpente les paysages frappés par le tsunami, cherche des traces sur les lieux où elle a vécu enfant. Tout a changé mais quelques infimes détails subsistent. Amélie Nothomb se livre avec une honnêteté absolue, que ses lecteurs connaissent : elle avoue avec franchise les pensées les plus honteuses, pose les questions les plus intimes, dévoile les émotions les plus profondes.

Un récit intime et touchant

Ce qui m’a émue La Nostalgie heureusedans ce texte, qui ressemble plus à un récit de voyage qu’à un roman, c’est le dévoilement de cet exercice périlleux du retour sur les traces de l’enfance, que nous avons tous vécu. Qu’est-ce qui a le plus changé : les lieux ou nous ?

« Plus un chagrin est banal, plus il est sérieux. Tout le monde connaît cette expérience cruelle : découvrir que les lieux sacrés de la haute enfance ont été profanés, qu’ils n’ont pas été jugés dignes d’être préservés et que c’est normal, voilà. »

Amélie Nothomb sait trouver les mots pour convoquer des émotions complexes, avec sensibilité et humour, dire cet écart tragique entre ce qui a été et ce qui n’est plus mais vivra toujours en nous. Ce roman nous fait réfléchir, nous touche, nous fait sourire. La romancière réussit avec élégance à maintenir un équilibre entre tragédie et légèreté, passé et présent, enfance et maturité.

On referme le livre avec une certaine tristesse, cette « nostalgie heureuse » qu’elle décrit si bien, mais aussi et surtout avec une réelle impatience : celle de devoir attendre le prochain Nothomb, qui ne manquera pas de sortir, l’automne prochain.

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