« La Nuit en vérité », Véronique Olmi, Albin Michel, août 2013

Mon dernier coup de cœur de la rentrée : La Nuit en vérité, un roman sombre et lumineux à la fois, dur mais plein d’espoir.

Véronique Olmi met en scène un couple fusionnel : un enfant trop rond, trop doux, trop rêveur, harcelé par ses camarades, et sa mère, une jeune Russe à qui de riches propriétaires ont confié un immense appartement dans le premier arrondissement de Paris. À charge pour elle de tenir impeccables les différentes pièces inoccupées pour le retour des propriétaires, susceptibles de revenir d’une destination lointaine à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit.

Les tourments de l’enfant qui se veut invisible

Enzo, 12 ans, adore sa mère, la jeune et belle Liouba, et vit un cauchemar au collège où ses condisciples l’ont pris pour cible. Trop gros, trop introverti, il rêve de s’échapper de la réalité et y parvient parfois. Quitter ce quotidien, cet appartement trop grand, ce collège hostile, ce corps gras. Enzo s’échappe par la lecture ou la promenade dans Paris, lors de passages magnifiques sur l’enfant et la ville. Enzo s’échappe aussi grâce aux visites d’un fantôme : un très jeune soldat victime de la guerre de 14-18. Dans des scènes superbement écrites, le lecteur voyage, en rêve, aux côtés de l’enfant, remontant le temps, découvrant les tranchées, rencontrant son ancêtre russe.

Un touchant portrait d’enfant

La nuit en véritéVoici un roman envoûtant, émouvant, dans lequel on se laisse porter au gré des pensées de l’enfant, qui oscille entre enfance et adolescence, vulnérabilité et courage, amour et mépris pour cette mère si jeune, si différente des autres, trop différente, comme lui.

À travers la description de cette relation aussi forte que fragile entre une mère trop jeune et un fils au seuil de l’adolescence, qui vivent chacun à leur façon l’expérience de l’exclusion et de la détresse intérieure, Véronique Olmi parvient à toujours garder un parfait équilibre entre la brutalité, l’émotion et la retenue.

La romancière mêle avec talent le réalisme le plus trivial et le fantastique, ou du moins l’onirique. Elle traduit avec sensibilité la tension de ce duo précaire, dévoile les rêves d’un garçon qui veut fuir son quotidien, la solitude d’une jeune mère célibataire, composant une échappée belle dans le temps et l’espace. Un roman magique, qui laisse dans son sillage un souvenir marquant et une émotion durable.

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