Les Anges meurent de nos blessures, Yasmina Khadra

« Il avait pour lui une candeur déconcertante et un direct du gauche foudroyant. Il connut la misère et la gloire, mais seul l’amour des femmes parvint à combler sa soif d’absolu. De l’ascension à la chute, le destin hors du commun d’un jeune prodige adulé par les foules, poussé au crime par un malentendu. »

Dans une superbe évocation de l’Algérie de l’entre-deux-guerres, belle et misérable à la fois, Khadra met en scène, plus qu’une éducation sentimentale, le parcours obstiné d’un homme qui n’a jamais cessé de rester fidèle à ses principes, et qui ne souhaitait rien de plus, au fond, que maîtriser son destin.

« Je m’appelle Turambo et, à l’aube, on viendra me chercher. » Ainsi commence le dernier roman de Yasmina Khadra : nous sommes en juin 1937, le narrateur, 27 ans, condamné à mort, attend son exécution. Khadra déroule ensuite le fil de l’existence de cet antihéros, de son enfance démunie à ce destin funeste.

Un récit aussi tragique que plein d’humour et d’espoir

Turambo, né dans l’Algérie coloniale des années 1920, habite avec sa famille dans un bidonville. Son destin est écrit d’avance : il sera misérable. Obligé de rapporter de l’argent, il ne peut pourtant garder un travail plus de quelques jours. Au cours de ses pérégrinations, il apprend la violence et la dureté de la vie. L’espoir renaît lorsque son oncle leur trouve un logement à Oran. Le jeune homme passe son temps à déambuler et à contempler la ville où se mêlent les cultures arabe, gitane et européenne. Turambo rencontre Gino, jeune Italien juif qui devient son meilleur ami. Entre un oncle toxique, une mère soumise et un père à moitié fou, la famille n’est jamais un refuge. Un jour, son crochet du gauche lui vaut d’être repéré par un entraîneur de boxe. Une nouvelle vie commence pour lui. Ses succès sur le ring lui apportent gloire et argent.

Une saga menée de main de maître à un rythme trépidant

KhadraVoici un roman puissant, hommage à l’Algérie des années 1920 à 1960. De la première phrase à la dernière, l’écrivain maintient une énergie prodigieuse. Il confirme son talent de conteur grâce à un style travaillé, des dialogues savoureux, des scènes fortes, des descriptions vivantes de l’Algérie et une belle galerie de portraits.

Khadra s’attache particulièrement au parcours sentimental de son jeune héros, qui nourrit d’abord une passion secrète pour sa cousine Nora, qui sera mariée à un riche inconnu. Aïda, une prostituée, l’initie ensuite aux plaisirs de la chair et refuse de l’épouser. À 23 ans, il tombe fou amoureux d’Irène, jeune femme divorcée, indépendante et fière. Bientôt la boxe devient un obstacle entre eux. Turambo fait tout pour ne pas la décevoir mais, happé par un monde dont il maîtrise mal les codes, le prix à payer est fort.

En contant le destin de Turambo, le romancier nous parle de l’extrême pauvreté d’un pays, des relations complexes entre musulmans, juifs et colons, de la force du destin et des amours impossibles. Ce roman s’inscrit dans la lignée algérienne de Ce que le jour doit à la nuit : même décor, même destin grandiose et tragique d’un enfant d’Oran. D’une vie simple et d’un personnage sincère, l’auteur fait une épopée, menée de main de maître à un rythme trépidant, qui saura vous transporter dans le temps et vous émouvoir.

« D’une plume aussi vive que poétique, Khadra conte la lutte ultime d’un brave homme pour rester fidèle à ses convictions. À travers le récit de cette éducation sentimentale contrariée, l’auteur pose la question du choix et de la responsabilité de chacun. Il signe un roman aux accents plus romantiques que moralisateurs. L’amour de l’humanité est au cœur de chacune de ses lignes. » Le Matin Dimanche (Suisse)

« Entre roman d’initiation et fresque historique […]. Boxeur au cœur simple, ce Turambo va connaître une ascension, depuis la fange d’un camp de réfugiés, aussi fulgurante que sa chute. […] De sa vie, Khadra fait une épopée, contée dans une langue crue, dense et colorée, au cœur de l’Oran des années 1920, sa douceur de vivre, ses souks et ses caïds. Dans cet univers ­romanesque, tel celui de la pègre sous la Prohibition, elle oppose un certain rêve algérien à la chape sociale coloniale française, sans jamais perdre le fil humaniste qui tisse son œuvre. » La Vie

(Les Anges meurent de nos blessures, Yasmina Khadra, Julliard, août 2013)

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