« Les Petits Blancs, un voyage dans la France d’en bas », Aymeric Patricot

« C’est avec pudeur qu’on utilise, en France, l’expression petit blanc, si l’on devine ce qu’elle recouvre, on n’aime pas la définir. »

Voici une admirable enquête sur les « petits Blancs » en France. Les Américains utilisent, pour désigner ces oubliés du progrès social, méprisés d’être plus pauvres encore que les Noirs ou les Latinos, l’expression white trash. Aymeric Patricot s’est demandé si, dans la France métissée d’aujourd’hui, on se vivait comme un « déchet blanc ».

S’éloignant des préjugés qui empêchent de s’intéresser à ces hommes et ces femmes, jeunes, moins jeunes, ouvriers, agriculteurs, lycéens, sans-abris, résignés ou pleins d’espoir, Aymeric Patricot est allé à leur rencontre.

Un projet nuancé

« Sans vouloir faire œuvre de sociologie, cette série de portraits a pour seule ambition d’esquisser en creux une réalité en partie occultée de la société française, avec ses traits pathétiques, ses tentations détestables, mais ses grandeurs aussi. […] Il s’agit de dessiner comme un territoire culturel avec ses beautés propres, ses touches émouvantes comme ses horreurs, les clichés qu’il véhicule et ceux qu’il suscite. »

Récits, analyses, portraits, conversations libres, approfondies, sans tabou : il trace le tableau précis et vivant d’une réalité plus diverse que l’idée qu’on en a, une réalité certes brutale, parfois cynique, souvent désespérée, mais qu’éclairent la générosité et la lucidité de certains de ses interlocuteurs. Il aborde en neuf chapitres clairs et passionnants les anciennes et nouvelles misères, la haine de soi et des autres, la solidarité et le mépris, l’entraide et le rejet. Avec cette série de portraits, Aymeric Patricot entend esquisser une réalité en partie occultée de la société française, et témoigner de la richesse de ces regards, au-delà des clichés, de la haine et du ressentiment.

ImageUn ouvrage entre enquête journalistique et essai, vraiment bien fait, clair, documenté, varié, traitant une problématique complexe et nuancée mais surtout passionnante et bien présentée. Un essai il est vrai parfois sombre et un peu désespérant mais avant tout percutant, actuel et lucide.

Ce que j’ai aimé :

Un style clair, de la pédagogie, une réelle envie de faire réfléchir sur des faits, dès l’introduction, puis à travers les témoignages et des analyses historiques, politiques ou sociales.

Dialogues et analyses s’alternent avec habileté, dans un tableau général d’une partie de la société que l’on connaît mal et dont l’on parle peu, avec des descriptions de lieux, d’habitats, des hommes et femmes qui y vivent.

Une vaste documentation, une réflexion concrète, nourrie de rencontres, de dialogues.

Des récits percutants, émouvants, surprenants.

La réelle humilité de l’auteur qui s’interroge sur son propre cas (p. 91/93).

Aymeric Patricot, diplômé d’HEC et de l’EHESS, agrégé de lettres, est professeur en banlieue parisienne. Il a publié trois romans, Azima la rouge (Flammarion, 2006), Suicide Girls (Léo Scheer, 2010), L’Homme qui frappait les femmes (Léo Scheer, 2013) et un essai, Autoportrait du professeur en territoire difficile (Gallimard, 2011).

Les Petits Blancs, un voyage dans la France d’en bas, Aymeric Patricot, Plein jour, octobre 2013

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