« Les Filles de l’ouragan », Joyce Maynard (Philippe Rey 2012, 10/18 2013)

les filles de l'ouraganAvant de lire ma critique, en cours d’élaboration, voici celles parues dans la presse :

Le magazine littéraire

« The Good Daughters, « les bonnes filles », c’est le titre du dernier roman de Joyce Maynard. Elle y aborde les thèmes qui lui sont chers et qu’elle traite depuis longtemps sous forme d’articles et d’essais dans la presse américaine : le couple, la famille, la vie domestique.

La traductrice a choisi pour titre Les Filles de l’ouragan, car le livre s’ouvre sur un événement matriciel, une nuit de tempête pendant laquelle deux fillettes sont conçues. Nées le même jour, elles appartiennent à deux familles américaines différentes mais typiques, les Plank et les Dickerson.

La première, rurale et conservatrice, est installée depuis des générations dans une ferme du New Hampshire. La mère trapue et puritaine élève ses cinq filles, tandis que le père s’occupe de l’élevage et de la culture des fraises c’est l’autre sens du titre, daughters désignant aussi en anglais botanique les stolons, ou fils de fraisiers.

La seconde est bohème, conduite tant bien que mal par une mère artiste, belle et talentueuse, et un père velléitaire et paumé qui brinquebale son foyer d’un bout à l’autre des États-Unis. « Ça fait drôle de grandir dans une famille où il semble que ce serait plutôt aux adultes de grandir. […] Ils étaient tellement absorbés par eux-mêmes que parfois ils paraissaient oublier qu’ils avaient des enfants. »

De ces terreaux contrastés poussent donc deux plantes, Ruth et Dana, qui prêtent alternativement leur voix à une narration pointilliste, égrenant 50 années de leur existence. Chaque période est effleurée en quelques pages, détaillant des fragments de vies discrètes et minuscules, parfois articulées sur la grande histoire de la nation, le concert de Woodstock ou l’assassinat de Kennedy. L’une se passionne pour la botanique et s’installe dans une ferme avec sa compagne. L’autre peint, vit une relation torride avec le frère Dickerson dans une cabane au Canada puis se stabilise dans un mariage plus raisonnable. […] Les Filles de l’ouragan, c’est comme « La vie est un long fleuve tranquille », mais dénuée de toute dimension burlesque. Les secrets de famille, exhumés sur la fin, ont plutôt un parfum sulfureux d’adultère et d’inceste, mais toujours suggérés avec une retenue fine et élégante. Qu’il s’agisse du secret de son idylle avec Salinger ou du mystère patiemment dévoilé dans ce roman-là, Joyce Maynard sait toujours gommer les aspérités du scandale et draper le chaos d’une familiarité banale. »

Télérama

« Enfilade de chapitres brefs et intenses, comme les rares moments de liberté que s’offrent les deux héroïnes du titre, ce r­oman est un jeu de ricochet. Il rebondit à la surface des choses avec une vitesse et une viva­cité infinies. Il cogne et s’emballe, en fuite et en rogne.

Nées un même jour des années 1950, dans le même village désar­genté du New Hampshire, neuf mois après avoir été conçues par une nuit d’ouragan, Ruth et Dana n’ont rien en commun. Leurs familles entretiennent artificiellement des relations, sous prétexte d’une gémellité que les fillettes rejettent. Même après le déménagement du clan de Dana, les liens se renforcent, invisibles, encombrants, jusqu’à devenir bâillons.

Comment se défaire de l’influence néfaste d’autrui, comment se débarrasser des cordes qui vous ligotent dès la naissance ? Joyce Maynard propose de filer. Après le vertigineux huis clos de Long Week-end, qui racontait la prise d’otage d’une mère et de son fils, elle s’évade, court, respire, dans un roman qui coule de 1950 à nos jours. Le temps s’envole, et les aspirations des personnages aussi, tant la vie est pleine de fausses promesses. Carrières ratées, amours avortées, amitiés biaisées : tout ne serait que faux-semblants dans ces existences miteuses, si les êtres ne savaient pas fermer les yeux pour profiter de la beauté de l’instant.

Joyce Maynard a l’art de la pirouette, seule parade face à la cruauté du sort. Jamais elle ne s’appesantit sur les sensations, jamais elle ne donne dans la d­issection psychologique. De l’homosexualité féminine à la drogue, en passant par le puritanisme et la liberté d’entreprendre, elle parvient à aborder mille thèmes tout en restant à la superficie des êtres, par pudeur, par légèreté. Chez elle, l’ellipse n’est pas dissimulation, mais simplement accélération, pour devancer le destin. Tant pis si le dénouement de son histoire est cousu de fil blanc. Reste la griserie de la course, le plaisir du survol. Vues de loin, les trajectoires de ses personnages dessinent de belles arabesques. »

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