« N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures », Paola Pigani, Liana Levi, août 2013

Voici mon dernier coup de cœur, que je vous recommande.

En attendant ma critique, je vous propose le résumé de l’auteur et quelques avis.

Autour du feu, les hommes du clan ont le regard sombre en ce printemps 1940. Un décret interdit la libre circulation des nomades et les roulottes sont à l’arrêt. En temps de guerre, les Manouches sont considérés comme dangereux. D’ailleurs, la Kommandantur d’Angoulême va bientôt exiger que tous ceux de Charente soient rassemblés dans le camp des Alliers. Alba y entre avec les siens dans l’insouciance de l’enfance. À quatorze ans, elle est loin d’imaginer qu’elle passera là six longues années, rythmées par l’appel du matin, la soupe bleue à force d’être claire, le retour des hommes après leur journée de travail… C’est dans ce temps suspendu, loin des forêts et des chevaux, qu’elle deviendra femme au milieu de la folie des hommes.

N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures, dit le proverbe: on n’entre pas impunément chez les Tsiganes, ni dans leur présent ni dans leur mémoire… Mais c’est d’un pas léger que Paola Pigani y pénètre. Et d’une voix libre et juste, elle fait revivre leur parole, leur douleur et leur fierté.

«Un roman superbe, qui laisse le sentiment qu’une dette – à l’enfance, aux Tsiganes, aux malheurs enfouis – a pu être en partie payée. » Le Monde des livres

« Un tel roman-tableau vient à une heure où peut-être il fera œuvre utile. » Le Canard Enchaîné

« À la fois politique et poétique. » La Charente Libre

« L’époque est complexe et Paola Pigani s’abstient de tout jugement facile. Elle lutte simplement contre l’oubli. » Le Matricule des anges

« Avec pudeur, comme pour respecter le proverbe dont elle a fait le titre du livre, Paola Pigani a quitté ses chaussures pour nous faire pénétrer à pas discrets dans la mémoire des manouches. » Culturebox

« Un regard tendre sur un peuple pointé du doigt. » Ouest France

« Un livre précieux d’une grand humanité. » La Croix

« Elle éclaire de sa plume précise et colorée une culture fascinante. Et maltraitée. » Sud-Ouest

« C’est à tout petits pas que Paola Pigani entre dans l’âme tsigane, pour raconter avec des mots aux senteurs de feu de bois, de soupe claire, de douleur et de silence, un épisode presque secret de leur histoire, de notre Histoire. » Le Dauphiné Libéré

« Un livre écorché duquel on sort blessé, ou au moins conscient de cette souffrance trop mal connue. » Le Soir de Bruxelles

« Une langue gorgée de sensations et d’images. » Rue 89

« Un beau récit poignant, inspiré de faits méconnus, où la souffrance n’étouffe pas la part du rêve. Ce magnifique premier roman est plus qu’un hommage aux Tsiganes, c’est un grand livre sur la liberté, la jeunesse et l’amour. » Le Cadran lunaire, Mâcon, Page des libraires

« Un regard unique et passionnant sur la communauté manouche perdue dans la tourmente de l’Histoire, porté par l’écriture sobre et délicate de Paola Pigani. » Librairie Doucet, Le Mans

« Le Dilemme du prisonnier », Richard Powers

Un roman familial, polyphonique, touchant, qui fait sourire et réfléchir.

Je ne connaissais pas l’écrivain américain Richard Powers. Je le découvre avec « Le Dilemme du prisonnier », qui est en fait la traduction française tardive de son deuxième livre publié en 1988 aux États-Unis.

Quand Powers se lance dans l’écriture de ce roman, il a 26 ans. Il a perdu son père, et il voudrait transfigurer dans un roman ce deuil qui l’obsède. C’est ainsi qu’est né Eddie Hobson, le personnage central de cette brillante saga familiale.

dilemme-prisonnier

Eddie est un ancien professeur d’histoire, marié à la douce Ailene avec qui il a quatre enfants. La famille vit à De Kalb, petite ville de l’Illinois. Eddie se révèle dès les premières pages un père de famille excentrique, qui ne s’adresse à sa progéniture que par énigmes. Il éduque ses enfants à travers de constantes joutes oratoires, jeux d’esprit, casse-tête et devinettes.

Au cœur de ce roman polyphonique et gigogne, cette relation entre le père, malade, qui refuse de se soigner, et ses enfants. Powers la rend extrêmement touchante, soulignant les non-dits, les frustrations, la tendresse et la colère, l’inquiétude et la fierté, dans un tourbillon de sentiments mêlés.

À travers le récit du destin d’Eddie Hobson et de sa famille, Powers construit un incroyable portrait d’une époque et d’un pays. Ce roman à la fois réaliste et visionnaire nous promène des années 1920 aux années 1980 en passant par l’exposition universelle de New York en 1939, l’entrée en guerre des États-Unis, les premiers essais nucléaires au Nouveau-Mexique.

Je me suis retrouvée tour à tour émue par les rapports familiaux, transportée par les passages historiques, et surtout bouleversée face à la palette d’émotions et de questions soulevées par cette œuvre multiple et surprenante. Je ne veux pas trop en raconter pour ne pas gâcher une miette de votre lecture, car cet ouvrage renferme des surprises et des trésors.

Une des phrases préférées d’Eddie Hobson, qui rythme le roman comme un leitmotiv : il y a plus en chacun de nous que nous ne le soupçonnons. Cet adage vaut pour les êtres humains, les villes, les petites maisons blanches, mais aussi pour les livres et celui-ci en est la preuve.

Quand le livre est paru en 1988, Powers avait 28 ans, il vivait à Amsterdam et avait le sentiment d’avoir écrit un roman très européen. Très réussi en tout cas. À lire absolument.

(le cherche midi, août 2013, traduit par Jean-Yves Pellegrin)

« Mon rêve familier », Verlaine

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Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime
Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.

Car elle me comprend, et mon cœur, transparent
Pour elle seule, hélas ! cesse d’être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

Est-elle brune, blonde ou rousse ? – Je l’ignore.
Son nom ? Je me souviens qu’il est doux et sonore
Comme ceux des aimés que la Vie exila.

Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L’inflexion des voix chères qui se sont tues.

Paul Verlaine, « Melancholia », Poèmes saturniens, 1866