« Le Dilemme du prisonnier », Richard Powers

Un roman familial, polyphonique, touchant, qui fait sourire et réfléchir.

Je ne connaissais pas l’écrivain américain Richard Powers. Je le découvre avec « Le Dilemme du prisonnier », qui est en fait la traduction française tardive de son deuxième livre publié en 1988 aux États-Unis.

Quand Powers se lance dans l’écriture de ce roman, il a 26 ans. Il a perdu son père, et il voudrait transfigurer dans un roman ce deuil qui l’obsède. C’est ainsi qu’est né Eddie Hobson, le personnage central de cette brillante saga familiale.

dilemme-prisonnier

Eddie est un ancien professeur d’histoire, marié à la douce Ailene avec qui il a quatre enfants. La famille vit à De Kalb, petite ville de l’Illinois. Eddie se révèle dès les premières pages un père de famille excentrique, qui ne s’adresse à sa progéniture que par énigmes. Il éduque ses enfants à travers de constantes joutes oratoires, jeux d’esprit, casse-tête et devinettes.

Au cœur de ce roman polyphonique et gigogne, cette relation entre le père, malade, qui refuse de se soigner, et ses enfants. Powers la rend extrêmement touchante, soulignant les non-dits, les frustrations, la tendresse et la colère, l’inquiétude et la fierté, dans un tourbillon de sentiments mêlés.

À travers le récit du destin d’Eddie Hobson et de sa famille, Powers construit un incroyable portrait d’une époque et d’un pays. Ce roman à la fois réaliste et visionnaire nous promène des années 1920 aux années 1980 en passant par l’exposition universelle de New York en 1939, l’entrée en guerre des États-Unis, les premiers essais nucléaires au Nouveau-Mexique.

Je me suis retrouvée tour à tour émue par les rapports familiaux, transportée par les passages historiques, et surtout bouleversée face à la palette d’émotions et de questions soulevées par cette œuvre multiple et surprenante. Je ne veux pas trop en raconter pour ne pas gâcher une miette de votre lecture, car cet ouvrage renferme des surprises et des trésors.

Une des phrases préférées d’Eddie Hobson, qui rythme le roman comme un leitmotiv : il y a plus en chacun de nous que nous ne le soupçonnons. Cet adage vaut pour les êtres humains, les villes, les petites maisons blanches, mais aussi pour les livres et celui-ci en est la preuve.

Quand le livre est paru en 1988, Powers avait 28 ans, il vivait à Amsterdam et avait le sentiment d’avoir écrit un roman très européen. Très réussi en tout cas. À lire absolument.

(le cherche midi, août 2013, traduit par Jean-Yves Pellegrin)

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2 réflexions sur “« Le Dilemme du prisonnier », Richard Powers

  1. J’en lis beaucoup de bien et le fait que ce soit publié dans la collection Lot 49 devrait me séduire d’emblée… Jusque là pourtant ça ne m’a pas vraiment fait envie ; mais ce que tu en dis m’intrigue. Je regarderai si ma bibliothèque l’a acheté.

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