« Méfiez-vous des enfants sages », Cécile Coulon, Viviane Hamy, 2010

 

Une petite ville du sud des États-Unis, les années 1970 : Lua, la narratrice, enfant puis adolescente maline et débrouillarde, s’ennuie et décrit son entourage, ses parents, ses camarades, ses profs et son voisin Eddy, avec un point de vue assez désabusé pour son jeune âge. Elle s’interroge, noue des amitiés avec des hommes paumés, perd la foi, en Dieu mais aussi en son propre père.

De l’humour, de l’inattendu, une effrayante lucidité et un certain cynisme se dégagent de ce deuxième roman de Cécile Coulon, écrit avant l’âge de 20 ans. L’auteur nous parle du fameux et douloureux passage de l’enfance à l’adolescence, de la perte des illusions et de la candeur enfantine perdue sur le chemin vers l’âge adulte.

Un bon signe : je lis ce livre depuis près de deux semaines. Je savoure chaque paragraphe, chaque page, chaque court chapitre. Je trouve le roman trop court, je compte les chapitres et pages restants, je m’arrête à la fin de chaque chapitre pour ne pas l’avaler d’un coup. Comme avec un caramel ou du chocolat. Je ne mâche pas, je veux le faire durer un maximum.

Je suis avec Lua, je voudrais en savoir davantage, la voir grandir et connaître son point de vue sur la suite de son évolution et celle de ses parents. Je tourne les pages malgré tout car je ne peux m’empêcher de continuer ma lecture. Cela me rend déjà triste de la quitter.

Ne pas vouloir refermer un livre, voyager, se faire de nouveaux amis, repenser à une phrase ou un passage, voilà ce qui fait selon moi un roman réussi, que je vais savourer d’abord, ruminer ensuite, chroniquer puis enfin conseiller. Et sûrement relire. Ce qui est certain : j’adorais déjà les statuts de Cécile Coulon sur Facebook, où elle publie des textes entre journal et pensées, j’aime tout autant si ce n’est plus la jeune romancière qu’elle était il y a sept ans. Et je vais dévorer la suite de son œuvre dès que j’aurais digéré la destinée brisée de Lua.

Il me reste à peine cinq pages… Je ne sais quand je vais oser terminer ce court roman (111 pages si on compte la bande originale à la fin de l’ouvrage), mais je sais déjà que je le place dans ces rares romans qui m’ont remuée, bouleversée, questionnée, avec ce ton si particulier, oscillant sans cesse entre tendresse et cruauté, espoir et désillusion.

La fin m’a serré le cœur. Il me faut doucement, tout doucement, laisser Lua partir, refermer son livre du bout des doigts, et écouter l’écho de sa voix lentement s’éloigner.

À lire, si vous ne l’avez pas déjà fait, et je vous envie.

 

4e de couverture :

« Je n’ai pas rêvé cette nuit-là. Mon chagrin grandissait dans mon sommeil. Je me souviens du réveil, avec l’impression de manque, et mes parents dans l’encadrement de la porte. J’ai pris mon pantalon qui traînait par terre. Dehors, il faisait déjà chaud, mais je ne suis pas allée à l’école. La maison d’Eddy était fermée. Je me suis assise sur les marches en me disant que Kristina ne serait jamais au courant, que Freak ne pourrait pas me dire ce qu’il en pense. J’ai arrêté de croire en Dieu, j’ai arrêté de croire qu’il y avait d’honnêtes gens sur Terre, j’ai arrêté de sourire pour rien, et je me suis dit que je devais faire comme lui, au moment où j’en aurais envie, et dire aux gens d’aller se faire mettre, une bonne fois pour toutes . »

 

Résumé de l’éditeur :

Méfiez-vous des enfants sages, c’est le Sud, celui des États-Unis dans les années soixante-dix. Des effluves littéraires et cinématographiques l’imprègnent : Carson McCullers, Le cœur est un chasseur solitaire, Flannery O’Connor, ou encore le film de Robert Mulligan Du silence et des ombres, tiré de l’unique roman de Harper Lee, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur.

 

Biographie de la romancière :

Cécile Coulon est née en 1990. Après une hypokhâgne et une khâgne à Clermont-Ferrand, elle poursuit ses études en Lettres Modernes. Elle se consacre actuellement à sa thèse dont le sujet est « Sport et Littérature ». Outre son goût prononcé pour la littérature, de Steinbeck à Luc Dietrich, Nathalie Sarraute ou Marie-Hélène Lafon en passant par Tennessee Williams, Stephen King ou Prévert, elle est aussi passionnée de cinéma et de musique.

Son premier roman Le voleur de vie et son recueil de nouvelles Sauvages ont paru aux Éditions Revoir. Ses cinq romans ont paru aux Éditions Viviane Hamy : Méfiez-vous des enfants sages (2010), Le Roi n’a pas sommeil (2012, couronné Prix Mauvais Genres France Culture / Le Nouvel Observateur la même année), Le Rire du grand blessé (2013), Le Cœur du Pélican (2015) et Trois saisons d’orage, Prix des Libraires 2017.

 

 

Extraits :

 

À 7 ans, Lua vit un traumatisme qui la changera à jamais :

« Ce qui était né en moi, je le devais à mon père, endormi sur ses principes, oubliant qu’en ce monde, les gens ne vivent pas pour calculer des théorèmes en permanence. Il avait flingué en un rien de temps tout ce qui fait qu’une gamine est une gamine, mais pour comprendre ça, il aurait fallu que Père Markku ouvre grand ses yeux et détourne le regard de sa fichue boîte en carton percée de trous. Sœur Popeye s’est fait la malle pour venir se loger là-haut, blottie dans ma pâte à cervelle, ses huit membres serrant mon crâne jusqu’à l’étouffer. »

 

La perte précoce de la foi face aux injustices et à la mort :

« Pendant seize ans, j’ai eu un pote plutôt beau gosse, avec ses cheveux longs et sa couronne d’épines, punk à souhait. Jusqu’à ce que la foi s’en aille comme un grain de sable entre deux rochers. J’ai perdu un copain et j’ai perdu une raison de me lever le matin. […] Alors Dieu, ou Jésus, je vous ai toujours confondus de toute façon, prends tes cliques et tes claques, retourne là d’où tu viens, enlève-moi cette couronne à la con et trouve-toi des fringues propres. Cherche un taf, un vrai, fais-toi à manger le soir en rentrant, regarde la télé ou fais des mots croisés, appelle tes potes de la Cène et organise un barbecue avec merguez et sauce piquante, et surtout, ne me dis plus ce qui est bien ou mal, n’essaie pas de me montrer le chemin, parce que vu tout ce que tu as fait dans ta longue vie d’Éternel, il n’y a pas de quoi être fier. Vraiment pas. »

 

Humour et personnages anti-héros, voici une des répliques d’Eddie :

« Il suffit de coucher avec une femme pour avoir la preuve que Dieu existe. Il n’y a que lui pour avoir eu la divine idée de faire une paire de fesses, on peut y poser les deux mains à la fois. »

 

Critiques dans la presse :

« Une histoire douce-amère dont l’écriture tempérée exprime avec grâce la violence des enfants sages. » LE FIGARO MAGAZINE

« Construit sur une suite d’anecdotes (parfois amusantes, souvent cruelles), ce décor fantasmé où il ne fait pas bon vivre n’est jamais loin du conte et illustre joliment le passage à l’âge adulte. » NOUVEL OBSERVATEUR

« on pourrait croire que l’auteure est la réincarnation de Carson McCullers, racontant les secrets de l’Amérique profonde. […] Cécile Coulon a la manie du détail. Chaque personnage est décrit avec précision, même s’il ne fait qu’une simple apparition. Elle nous bluffe par la maturité et l’humilité de son écriture. » ELLE

« On ne veut pas accabler la jeune romancière sous les références (Carson McCullers, bien sûr), mais on ne peut que louer la maturité de son écriture, son sens des détails et du rythme, jusque dans les choix pointus de la bande-son qui, comme une ballade à la guitare, accompagne les rêves noyés sous le Cherry Coke, les ambitions rabotées par la vie et dont le souvenir déglingue les cœurs. » LIVRES HEBDO

« Ces personnages à dormir debout prennent vie sous la plume de la romancière au fil d’une histoire à l’agencement complexe, bourrée de références, truffée de détails. Une écriture au trait juste. On y croit. À suivre. » L’HUMANITÉ

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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