« Cède au feu qui te désespère », Paul Eluard

A toutes brides toi dont le fantôme
Piaffe la nuit sur un violon
Viens régner dans les bois

Les verges de l’ouragan
Cherchent leur chemin par chez toi
Tu n’es pas de celles
Dont on invente les désirs

Tes soifs sont plus contradictoires
Que des noyées

Viens boire un baiser par ici
Cède au feu qui te désespère.

 

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« Je t’ai vue », Paul Eluard

J’ai regardé devant moi
Dans la foule je t’ai vue
Parmi les blés je t’ai vue
Sous un arbre je t’ai vue
Au bout de tous mes voyages
Au fond de tous mes tourments
Au tournant de tous les rires
Sortant de l’eau et du feu
L’été l’hiver je t’ai vue
Dans ma maison je t’ai vue
Entre mes bras je t’ai vue
Dans mes rêves je t’ai vue
Je ne te quitterai plus.

 

LES OISEAUX DU SOUCI , Prévert, « paroles », 1949

Pluie de plumes plumes de pluie
Celle qui vous aimait n’est plus
Que me voulez-vous oiseaux
Plumes de pluie pluie de plumes
Depuis que tu n’es plus je ne sais plus
Je ne sais plus où j’en suis
Pluie de plumes plumes de pluie
Je ne sais plus que faire
Suaire de pluie pluie de suie
Est-ce possible que jamais plus
Plumes de suie… Allez ouste dehors hirondelles
Quittez vos nids… Hein ? Quoi ? Ce n’est pas la saison des voyages ?…
Je m’en moque sortez de cette chambre hirondelles du matin
Hirondelles du soir partez… Où ? Hein ? Alors restez
c’est moi qui m’en irai…
Plumes de suie suie de plumes je m’en irai nulle part
et puis un peu partout
Restez ici oiseaux du désespoir
Restez ici… Faites comme chez vous.

Villagers , « Nothing arrived »

Savanna scatters and the seabird sings

So why should we fear what travel brings?

What were we hoping to get out of this?

Some kind of momentary bliss?

 

I waited for something, and something died

So I waited for nothing, and nothing arrived

 

It’s our dearest ally, it’s our closest friend

It’s our darkest blackout, it’s our final end

My dear sweet nothing, let’s start a new

From here all in is just me and you

 

I waited for something and something died

So I waited for nothing, and nothing arrived

 

Well I guess it’s over, I guess it’s begun

It’s a losers’ table, but we’ve already won

It’s a funny battle, it’s a constant game

I guess I was busy when nothing came

I guess I was busy (when nothing arrived)

I guess I was busy (when nothing arrived)

I guess I was busy (when nothing arrived)

I guess I was busy (when nothing arrived)

I waited for something and something died

So I waited for nothing, and nothing arrived

I waited for something and something died

So I waited for nothing, and nothing arrived

« Petit pays », Gaël Faye, Grasset, 2016

« J’ai écrit ce roman pour faire surgir un monde oublié, pour dire nos instants joyeux, discrets comme des filles de bonnes familles […]. J’ai écrit ce roman pour crier à l’univers que nous avons existé, avec nos vies simples, notre train-train, notre ennui, que nous avions des bonheurs qui ne cherchaient qu’à le rester avant d’être expédiés aux quatre coins du monde et de devenir une bande d’exilés, de réfugiés, d’immigrés, de migrants. »

Voilà un moment que je tourne autour de ce livre et de l’idée d’en faire un article. Voici donc, en attendant, un résumé et l’incipit, qui vous donneront j’espère déjà l’envie d’aller plus loin et de découvrir ce premier roman saisissant, percutant, tendre, joyeux, tragique, nostalgique.

Résumé et analyse de l’éditeur :

En 1992, Gabriel, dix ans, vit au Burundi avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Gabriel passe le plus clair de son temps avec ses copains, une joyeuse bande occupée à faire les quatre cents coups. Un quotidien paisible, une enfance douce qui vont se disloquer en même temps que ce « petit pays » d’Afrique brutalement malmené par l’Histoire. Gabriel  voit avec inquiétude ses parents se séparer, puis la guerre civile se profiler, suivie du drame rwandais. Le quartier est bouleversé. Par vagues successives, la violence l’envahit, l’imprègne, et tout bascule. Gabriel se croyait un enfant, il va se découvrir métis, Tutsi, Français…

« J’ai écrit ce roman pour faire surgir un monde oublié, pour dire nos instants joyeux, discrets comme des filles de bonnes familles : le parfum de citronnelle dans les rues, les promenades le soir le long des bougainvilliers, les siestes l’après-midi derrière les moustiquaires trouées, les conversations futiles, assis sur un casier de bières, les termites les jours d’orages… J’ai écrit ce roman pour crier à l’univers que nous avons existé, avec nos vies simples, notre train-train, notre ennui, que nous avions des bonheurs qui ne cherchaient qu’à le rester avant d’être expédiés aux quatre coins du monde et de devenir une bande d’exilés, de réfugiés, d’immigrés, de migrants. »

Avec un rare sens du romanesque, Gaël Faye évoque les tourments et les interrogations d’un enfant pris dans une Histoire qui le fait grandir plus vite que prévu. Nourri d’un drame que l’auteur connaît bien, un premier roman d’une ampleur exceptionnelle, parcouru d’ombres et de lumière, de tragique et d’humour, de personnages qui tentent de survivre à la tragédie.

Incipit

« PROLOGUE

Je ne sais vraiment pas comment cette histoire a commencé.

Papa nous avait pourtant tout expliqué, un jour, dans la camionnette.

– Vous voyez, au Burundi c’est comme au Rwanda. Il y a trois groupes différents, on appelle ça les ethnies. Les Hutu sont les plus nombreux, ils sont petits avec de gros nez.

– Comme Donatien ? j’avais demandé.

– Non, lui c’est un Zaïrois, c’est pas pareil. Comme Prothé, par exemple, notre cuisinier. Il y a aussi les Twa, les pygmées. Eux, passons, ils sont quelques-uns seulement, on va dire qu’ils ne comptent pas. Et puis il y a les Tutsi, comme votre maman. Ils sont beaucoup moins nombreux que les Hutu, ils sont grands et maigres avec des nez fins et on ne sait jamais ce qu’ils ont dans la tête. Toi, Gabriel, avait-il dit en me pointant du doigt, tu es un vrai Tutsi, on ne sait jamais ce que tu penses.

Là, moi non plus je ne savais pas ce que je pensais. De toute façon, que peut-on penser de tout ça ? Alors j’ai demandé :

– La guerre entre les Tutsi et les Hutu, c’est parce qu’ils n’ont pas le même territoire ?

– Non, ça n’est pas ça, ils ont le même pays.

– Alors… ils n’ont pas la même langue ?

– Si, ils parlent la même langue.

– Alors, ils n’ont pas le même dieu ?

– Si, ils ont le même dieu.

– Alors… pourquoi se font-ils la guerre ?

– Parce qu’ils n’ont pas le même nez. »

 

A lire : « Aurélia, Le Rêve et la Vie », Gérard de Nerval, 1854-1855 (une partie à titre posthume

Je découvre à travers tout d’abord des citations magnifiques ce texte de Nerval, qui s’est pendu avant d’avoir publié l’ensemble de ces textes dans lesquels il analyse ses crises de folie.

Voilà un ouvrage à lire, définitivement. Voici le début :

aurélia

PREMIÈRE PARTIE

CHAPITRE PREMIER

« Le rêve est une seconde vie. Je n’ai pu percer sans frémir ces portes d’ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible. Les premiers instants du sommeil sont l’image de la mort ; un engourdissement nébuleux saisit notre pensée, et nous ne pouvons déterminer l’instant précis où le moi, sous une autre forme, continue l’œuvre de l’existence. C’est un souterrain vague qui s’éclaire peu à peu, et où se dégagent de l’ombre et de la nuit les pâles figures gravement immobiles qui habitent le séjour des limbes. Puis le tableau se forme, une clarté nouvelle illumine et fait jouer ces apparitions bizarres : – le monde des Esprits s’ouvre pour nous. »

 

« El Desdichado », 1854, Gérard de NERVAL (1808-1855)

Je suis le Ténébreux, – le Veuf, – l’Inconsolé,

Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie :

Ma seule Étoile est morte, – et mon luth constellé

Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

 

Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m’as consolé,

Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,

La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,

Et la treille où le Pampre à la Rose s’allie.

 

Suis-je Amour ou Phoebus ?… Lusignan ou Biron ?

Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;

J’ai rêvé dans la Grotte où nage la Sirène…

 

Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :

Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée

Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.

Pile en lecture : bientôt sur vos écrans

J’ai beau avoir un stock bien rempli de livres à lire, impossible de m’en empêcher : une visite à la bibliothèque pour rendre « Méfiez-vous des enfants sages » de Cécile Coulon et je reviens avec trois nouveaux amis : « La Conversation amoureuse », d’Alice Ferney, « Et Nietzsche a pleuré », d’Irvin Yalom et « Corniche Kennedy », de Maylis de Kerangal. Mes PAL s’entassent partout où je trouve encore de la place. J’ai envie de tout lire mais je n’ai pas fini « Le Temps des amours » de Pagnol, ni l’ouvrage acheté et commencé hier soir, « Camus, L’Art de la révolte », d’Abd Al Malik, ni les deux romans empruntés à la bibliothèque, de Cécile Coulon et Richard Powers…

Donc on retrouvera un titre parmi tous ceux-là, et quelques autres, dans un billet bientôt ! Un peu de patience et un peu d’organisation, et le tour est joué !