« Petit pays », Gaël Faye, Grasset, 2016

« J’ai écrit ce roman pour faire surgir un monde oublié, pour dire nos instants joyeux, discrets comme des filles de bonnes familles : le parfum de citronnelle dans les rues, les promenades le soir le long des bougainvilliers, les siestes l’après-midi derrière les moustiquaires trouées, les conversations futiles, assis sur un casier de bières, les termites les jours d’orages… J’ai écrit ce roman pour crier à l’univers que nous avons existé, avec nos vies simples, notre train-train, notre ennui, que nous avions des bonheurs qui ne cherchaient qu’à le rester avant d’être expédiés aux quatre coins du monde et de devenir une bande d’exilés, de réfugiés, d’immigrés, de migrants. » Gaël Faye

J’ai un peu hésité avant de lire ce court roman, car il m’arrive fréquemment de ne pas apprécier les ouvrages récompensés de prix littéraires, et celui-ci en a reçu une dizaine. De plus, je craignais la dureté du témoignage sur le génocide rwandais. Je me suis cependant lancée, sans plus pouvoir m’arrêter, charmée par cette voix, emportée par la nostalgie et la poésie, touchée et remuée face à la violence et à l’absurdité de la guerre.

Plusieurs personnes de mon entourage l’ont lu avant ou après moi et chacune a été transportée par ce premier roman saisissant, percutant, tendre, joyeux, tragique, nostalgique.

« Petit Pays », c’est le Burundi du début des années 1990 vu par le regard d’un enfant de 10 ans. Gabriel vit à Bujumbura avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise d’origine Tutsi et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Le jeune garçon passe le plus clair de son temps avec sa joyeuse bande de copains occupée à faire les quatre cents coups. Ce quotidien paisible et cette enfance douce vont être bousculés en même temps que ce « petit pays » d’Afrique. Gabriel voit avec inquiétude ses parents se séparer, puis la guerre civile se profiler. Le quartier est bouleversé, envahi par la violence. Gabriel se croyait un enfant comme les autres, il va se découvrir métis, Tutsi, Français…

Malgré l’horreur des souvenirs avant l’exil, le romancier tient la violence relativement à distance, nous épargnant les détails de l’horreur du génocide. Il parvient avec pudeur à évoquer ce temps révolu et les affres de l’histoire. Il nous fait ressentir avec brio sa nostalgie d’un monde à jamais disparu. Gaël Faye, musicien et compositeur, sait jouer avec la langue, les images, les sensations, et nous fait passer du rire aux larmes, de la comédie à la tragédie, tout au long de son récit.

Je ne peux que chaudement recommander la lecture de ce court roman malgré tout très riche, fort, bouleversant.

Extraits

« PROLOGUE

Je ne sais vraiment pas comment cette histoire a commencé.

Papa nous avait pourtant tout expliqué, un jour, dans la camionnette.

– Vous voyez, au Burundi c’est comme au Rwanda. Il y a trois groupes différents, on appelle ça les ethnies. Les Hutu sont les plus nombreux, ils sont petits avec de gros nez.

– Comme Donatien ? j’avais demandé.

– Non, lui c’est un Zaïrois, c’est pas pareil. Comme Prothé, par exemple, notre cuisinier. Il y a aussi les Twa, les pygmées. Eux, passons, ils sont quelques-uns seulement, on va dire qu’ils ne comptent pas. Et puis il y a les Tutsi, comme votre maman. Ils sont beaucoup moins nombreux que les Hutu, ils sont grands et maigres avec des nez fins et on ne sait jamais ce qu’ils ont dans la tête. Toi, Gabriel, avait-il dit en me pointant du doigt, tu es un vrai Tutsi, on ne sait jamais ce que tu penses.

Là, moi non plus je ne savais pas ce que je pensais. De toute façon, que peut-on penser de tout ça ? Alors j’ai demandé :

– La guerre entre les Tutsi et les Hutu, c’est parce qu’ils n’ont pas le même territoire ?

– Non, ça n’est pas ça, ils ont le même pays.

– Alors… ils n’ont pas la même langue ?

– Si, ils parlent la même langue.

– Alors, ils n’ont pas le même dieu ?

– Si, ils ont le même dieu.

– Alors… pourquoi se font-ils la guerre ?

– Parce qu’ils n’ont pas le même nez. »

 

La lecture comme moyen de rêver et d’échapper à la guerre :

« – Vous avez lu tous ces livres ? j’ai demandé.

– Oui. Certains plusieurs fois, même. Ce sont les grands amours de ma vie. Ils me font rire, pleurer, douter, réfléchir. Ils me permettent de m’échapper. Ils m’ont changée, ont fait de moi une autre personne.

– Un livre peut nous changer ?

– Bien sûr, un livre peut te changer ! Et même changer ta vie. Comme un coup de foudre. Et on ne peut pas savoir quand la rencontre aura lieu. Il faut se méfier des livres, ce sont des génies endormis. »

 

Critiques glanées sur Internet :

« Gaël Faye signe avec ce premier roman un livre magnifique… le chant de l’enfance, de l’insouciance murmure à nos oreilles et côtoie avec justesse ce terrible génocide. Il écrit comme il chante : les mots résonnent, scandent un amour sans borne pour son pays, tentent de panser des plaies à jamais ouvertes et nous content avec talent l’histoire d’un peuple meurtri… » Babelio, AudreyT  septembre 2016

« L’histoire de Gaby est celle du métissage, de l’exil, du racisme, des méfaits de la colonisation, d’une lutte ethnique fratricide qui prend aux tripes et indigne. C’est une partie de la vie de Gaël Faye racontée avec poésie, pudeur, nostalgie et tendresse qui émeut et laisse pantois devant l’immense talent de ce jeune musicien. » Babelio, palamede, octobre 2016

 

Critiques dans la presse :

« Gaël Faye, livre un récit spontané sur la tragédie. Nul besoin d’expliquer son origine, de se perdre en analyses précises, l’histoire témoigne de l’absurdité de la guerre avec une évidence abrupte. » « Actualitte », octobre 2016

« « Petit pays » est magnifique, tant par l’écriture que par ce qu’il raconte. » « La Libre Belgique », septembre 2016

« Rien n’échappe à Gaël Faye, qui dépeint tout en finesse le racisme ambiant au Burundi, les bruits de la capitale, la moiteur des « cabarets », et surtout le climat électrique et morbide du pays dans les années 1990. » « L’Express », septembre 2016

« Un livre lumineux sur un sujet difficile (…) Il semble écouter ce que dit le silence. » « Le Figaro », septembre 2016

 

 

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