« Couleurs de l’incendie », Pierre Lemaitre, Albin Michel, 2018 

Voici pour commencer le résumé de l’éditeur :

Février 1927. Le Tout-Paris assiste aux obsèques de Marcel Péricourt. Sa fille, Madeleine, doit prendre la tête de l’empire financier dont elle est l’héritière, mais le destin en décide autrement. Son fils, Paul, d’un geste inattendu et tragique, va placer Madeleine sur le chemin de la ruine et du déclassement. Face à l’adversité des hommes, à la cupidité de son époque, à la corruption de son milieu et à l’ambition de son entourage, Madeleine devra déployer des trésors d’intelligence, d’énergie mais aussi de machiavélisme pour survivre et reconstruire sa vie. Tâche d’autant plus difficile dans une France qui observe, impuissante, les premières couleurs de l’incendie qui va ravager l’Europe.
« Couleurs de l’incendie » est le deuxième volet de la trilogie inaugurée avec « Au revoir là-haut », prix Goncourt 2013, où l’on retrouve l’extraordinaire talent de Pierre Lemaitre.

J’avais beaucoup aimé le premier volet mais je dois avouer que je n’ai pas vraiment accroché avec le deuxième. Si certaines des intrigues m’ont plu, l’ensemble m’a finalement ennuyée. Trop de considérations politiques et économiques, au détriment de certains personnages plus « humains » selon moi. Je l’ai fini, je suis allée au bout, parce que certains personnages sont quand même touchants, notamment Paul, le fils de Madeleine, et Madeleine elle-même, le personnage central du roman. Je pense que je lirai la suite, car Lemaitre sait dresser un portrait qui semble juste à la fois d’une époque et des hommes qui la symbolisent.

Je n’aime pas dresser de critique complètement négative, mais je ne peux qu’être honnête, je n’ai pas été emballée, ce qui bien sûr n’engage que moi ! Plusieurs personnes autour de moi ont aimé le roman et me l’ont conseillé, donc je ne peux que laisser à chacun la liberté de se faire sa propre opinion.

Une critique très enthousiaste trouvée sur Babelio :

Kirzy   07 janvier 2018

« Mais quel pied !!!! Veuillez excuser la trivialité de l’expression mais il est tellement rare de se régaler autant en lisant. Comment offrir tant de plaisir au lecteur ? La recette de la générosité selon Lemaitre :

1- un art de la narration qui respire le brio !

Aucun temps mort, le récit est mené tambour battant à la Dumas. Et ce dès le premier chapitre qui s’ouvre sur une tragédie, d’emblée, et à partir de là ça rebondit, ça virevolte à tout va, sur un rythme haletant. […] le lecteur s’enivre de ces rebondissements à foison et en redemande.

2- des personnages formidablement campés

On les voit, on les sent, on les aime, on les déteste, Lemaitre soigne tous ses personnages, même les secondaires […] Et quels personnages féminins !!!! Madeleine, bien sûr, personnage effacé d’Au revoir là-haut, qui est au cœur de ce livre : un magnifique personnage qui a tout perdu puis retrouve sa dignité, sa liberté, s’émancipe jusqu’à la réalisation ultime d’un vengeance planifiée à la machiavel. Mais aussi la traîtresse Léonce et son irrésistible derrière, Vladi la nurse polonaise à la sexualité débridée et la loyauté infaillible.

3- des dialogues truculents

On se marre tout le temps, j’ai même laissé échapper des rires à voix haute tellement la plume est alerte, grinçante, ironique, cynique lorsque Lemaitre décrit ses personnages ou les travers de cette époque. Un festin pour les amoureux de la belle écriture.

4- un arrière-plan historique passionnant

Cette fresque romanesque est aussi la chronique de l’entre-deux-guerres, la crise des années 30, l’affirmation du capitalisme, la montée du fascisme, la vague nazie qui s’apprête à submerger l’Europe (le titre vient de là ), toute la complexité de ce temps est formidablement rendue.

La suite, la suite, la suite !!!!! »

Un bon exemple d’un lecteur dont l’avis est à l’opposé du mien…

 

 

 

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« Le Roi n’a pas sommeil », Cécile Coulon, Viviane Hamy, 2012

Un court roman aux allures de conte moderne et tragique.

On suit le destin d’un enfant trop calme, Thomas, la vie quotidienne d’une petite ville aux allures de Far West américain, l’exploitation d’une propriété et de sa forêt, avec une multitude de personnages bien campés. Thomas n’a qu’un seul ami, il grandit et s’endurcit après une enfance à la fois paisible et touchée par un drame. Le premier chapitre nous donne des indices sur la noirceur qui va le gagner, et la romancière tresse habilement les événements, les déceptions, les colères, les deuils, pour nous faire arriver au drame final.

Le personnage de la mère, Mary, d’une beauté magistrale, est très bien construit, tout en pudeur et en force face à une vie de dur labeur et de soutien à des hommes très sombres, son mari puis son fils. L’auteur dépeint une galerie de personnages malheureux qui luttent pour survivre et sont rattrapés par leur origine et un certain atavisme qui leur colle à la peau.

Un roman assez noir mais précis, plein de trouvailles poétiques et qui éveille la compassion envers des personnages aux itinéraires voués à la perte.

Le texte est empreint à la fois de poésie dans les descriptions de la nature, de mélancolie dans l’évocation de l’innocence de l’enfance, de précision dans la psychologie et l’analyse des relations amicales, familiales et amoureuses, pleines de rancœurs et de loyauté.

C’est le deuxième roman que je lis de Cécile Coulon, et j’y retrouve ce qui m’avait plu dans son premier, « Méfiez-vous des enfants sages » : une ambiance hors du temps, une pesanteur percée de moments lumineux, des personnages maudits, une nature poétique, des incompréhensions et des non-dits qui rongent.

Un livre aussi sombre que lumineux mais que je ne conseille pas à ceux qui n’aiment pas se plonger dans un peu de noirceur !

Critiques (mitigées) glanées sur Internet (Babelio)
« Un roman très bien écrit [mais qui] n’a pas été réellement à la hauteur de mes attentes. Il y manque une pointe de « je-ne-sais-quoi » qui le rende bouleversant mais l’écriture est tellement belle et agréable à lire, la psychologie des personnages est si bien analysée que je me suis néanmoins régalée en découvrant ce petit livre. À découvrir et à vous de juger ! » Cicou45

« avant tout un roman sur l’atavisme et sur l’impuissance des hommes face à certaines formes de déterminisme. Cécile Coulon offre de sombres et magnifiques portraits d’un homme, d’une famille, d’une petite ville de l’Amérique profonde où tout se sait, rien ne s’oublie et les regards savent le rappeler à chaque instant. L’écriture est maîtrisée et la précision des descriptions dissèque indirectement les âmes et les caractères de personnages denses, épais et puissants dégageant une espèce de violence sauvage aussi attendrissante qu’effrayante, le tout avec un humour toujours très fin. Par ailleurs, la tension narrative qu’elle parvient à installer par le biais d’une construction sans faille, à commencer par une scène inaugurale étonnante qui, sous couvert de donner les clés de l’histoire, ne fait qu’attiser la curiosité du lecteur, contribue à faire de ce roman un livre à la fois marquant et extrêmement abouti ! » Caro64

« Cécile Coulon s’y entend pour créer des ambiances. On visualise sans peine la petite ville paumée des années 50, quelque part dans le sud profond des USA, et ses habitants en perdition. Surtout les hommes, qui après s’être tués à la tâche à la scierie le jour, finissent de s’abrutir avec le tord-boyaux du bar local le soir. » Viou1108

« J’avoue ne pas avoir accroché à cette histoire, à cette notion de déterminisme familial et de fatalité. Je suis restée à côté du roman tout en reconnaissant le vrai talent de Cécile Coulon, son écriture, puissante et précise qui s’inscrit dans la droite lignée des auteurs américains que j’affectionne (John Steinbeck et Truman Capote). Elle décortique avec justesse les états d’âme et la puissance dévastatrice des émotions contenues et des frustrations. Malgré un sentiment d’inachevé, j’ai apprécié ce livre que je recommande car je reste persuadée d’avoir trouvé en Cécile Coulon une future grande plume de la scène littéraire française et que son véritable chef-d’oeuvre ne saurait tarder. Affaire à suivre… » Indira95

CRITIQUES PRESSE

« Une odyssée sur la relativité du bien et du mal, sur la trahison et l’identité en moins de cent cinquante pages- et pas mal de bouteilles de mauvais whisky.

Cécile Coulon ne s’encombre d’aucune fioriture. Elle va droit au but, creuse la plaie. C’est ce qui rend hypnotique la lecture de ce livre. » « L’Express »

« Le style de Cécile Coulon est authentique et direct. Elle n’use pas de fioritures pour garnir son texte, rendu puissant grâce à un sentiment constant d’aliénation, qui mêle fascination et répulsion. » « Actualitté »

« Un style, âpre, sec, violent, puissant. Cécile Coulon a un talent fou. » « Les Échos »

« La grande force de Cécile Coulon est là, dans le pouvoir de saisir les brusques variations de tension de cette existence, de donner au tragique le visage lisse et mutique de la jeunesse. » « L’Humanité »

« « Le Roi n’a pas sommeil » est un récit âpre et tendu par une écriture incisive qui sait percer le mystère des âmes et leur nature sauvage. » « Le Monde »

« Petit pays », Gaël Faye, Grasset, 2016

« J’ai écrit ce roman pour faire surgir un monde oublié, pour dire nos instants joyeux, discrets comme des filles de bonnes familles : le parfum de citronnelle dans les rues, les promenades le soir le long des bougainvilliers, les siestes l’après-midi derrière les moustiquaires trouées, les conversations futiles, assis sur un casier de bières, les termites les jours d’orages… J’ai écrit ce roman pour crier à l’univers que nous avons existé, avec nos vies simples, notre train-train, notre ennui, que nous avions des bonheurs qui ne cherchaient qu’à le rester avant d’être expédiés aux quatre coins du monde et de devenir une bande d’exilés, de réfugiés, d’immigrés, de migrants. » Gaël Faye

J’ai un peu hésité avant de lire ce court roman, car il m’arrive fréquemment de ne pas apprécier les ouvrages récompensés de prix littéraires, et celui-ci en a reçu une dizaine. De plus, je craignais la dureté du témoignage sur le génocide rwandais. Je me suis cependant lancée, sans plus pouvoir m’arrêter, charmée par cette voix, emportée par la nostalgie et la poésie, touchée et remuée face à la violence et à l’absurdité de la guerre.

Plusieurs personnes de mon entourage l’ont lu avant ou après moi et chacune a été transportée par ce premier roman saisissant, percutant, tendre, joyeux, tragique, nostalgique.

« Petit Pays », c’est le Burundi du début des années 1990 vu par le regard d’un enfant de 10 ans. Gabriel vit à Bujumbura avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise d’origine Tutsi et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Le jeune garçon passe le plus clair de son temps avec sa joyeuse bande de copains occupée à faire les quatre cents coups. Ce quotidien paisible et cette enfance douce vont être bousculés en même temps que ce « petit pays » d’Afrique. Gabriel voit avec inquiétude ses parents se séparer, puis la guerre civile se profiler. Le quartier est bouleversé, envahi par la violence. Gabriel se croyait un enfant comme les autres, il va se découvrir métis, Tutsi, Français…

Malgré l’horreur des souvenirs avant l’exil, le romancier tient la violence relativement à distance, nous épargnant les détails de l’horreur du génocide. Il parvient avec pudeur à évoquer ce temps révolu et les affres de l’histoire. Il nous fait ressentir avec brio sa nostalgie d’un monde à jamais disparu. Gaël Faye, musicien et compositeur, sait jouer avec la langue, les images, les sensations, et nous fait passer du rire aux larmes, de la comédie à la tragédie, tout au long de son récit.

Je ne peux que chaudement recommander la lecture de ce court roman malgré tout très riche, fort, bouleversant.

Extraits

« PROLOGUE

Je ne sais vraiment pas comment cette histoire a commencé.

Papa nous avait pourtant tout expliqué, un jour, dans la camionnette.

– Vous voyez, au Burundi c’est comme au Rwanda. Il y a trois groupes différents, on appelle ça les ethnies. Les Hutu sont les plus nombreux, ils sont petits avec de gros nez.

– Comme Donatien ? j’avais demandé.

– Non, lui c’est un Zaïrois, c’est pas pareil. Comme Prothé, par exemple, notre cuisinier. Il y a aussi les Twa, les pygmées. Eux, passons, ils sont quelques-uns seulement, on va dire qu’ils ne comptent pas. Et puis il y a les Tutsi, comme votre maman. Ils sont beaucoup moins nombreux que les Hutu, ils sont grands et maigres avec des nez fins et on ne sait jamais ce qu’ils ont dans la tête. Toi, Gabriel, avait-il dit en me pointant du doigt, tu es un vrai Tutsi, on ne sait jamais ce que tu penses.

Là, moi non plus je ne savais pas ce que je pensais. De toute façon, que peut-on penser de tout ça ? Alors j’ai demandé :

– La guerre entre les Tutsi et les Hutu, c’est parce qu’ils n’ont pas le même territoire ?

– Non, ça n’est pas ça, ils ont le même pays.

– Alors… ils n’ont pas la même langue ?

– Si, ils parlent la même langue.

– Alors, ils n’ont pas le même dieu ?

– Si, ils ont le même dieu.

– Alors… pourquoi se font-ils la guerre ?

– Parce qu’ils n’ont pas le même nez. »

 

La lecture comme moyen de rêver et d’échapper à la guerre :

« – Vous avez lu tous ces livres ? j’ai demandé.

– Oui. Certains plusieurs fois, même. Ce sont les grands amours de ma vie. Ils me font rire, pleurer, douter, réfléchir. Ils me permettent de m’échapper. Ils m’ont changée, ont fait de moi une autre personne.

– Un livre peut nous changer ?

– Bien sûr, un livre peut te changer ! Et même changer ta vie. Comme un coup de foudre. Et on ne peut pas savoir quand la rencontre aura lieu. Il faut se méfier des livres, ce sont des génies endormis. »

 

Critiques glanées sur Internet :

« Gaël Faye signe avec ce premier roman un livre magnifique… le chant de l’enfance, de l’insouciance murmure à nos oreilles et côtoie avec justesse ce terrible génocide. Il écrit comme il chante : les mots résonnent, scandent un amour sans borne pour son pays, tentent de panser des plaies à jamais ouvertes et nous content avec talent l’histoire d’un peuple meurtri… » Babelio, AudreyT  septembre 2016

« L’histoire de Gaby est celle du métissage, de l’exil, du racisme, des méfaits de la colonisation, d’une lutte ethnique fratricide qui prend aux tripes et indigne. C’est une partie de la vie de Gaël Faye racontée avec poésie, pudeur, nostalgie et tendresse qui émeut et laisse pantois devant l’immense talent de ce jeune musicien. » Babelio, palamede, octobre 2016

 

Critiques dans la presse :

« Gaël Faye, livre un récit spontané sur la tragédie. Nul besoin d’expliquer son origine, de se perdre en analyses précises, l’histoire témoigne de l’absurdité de la guerre avec une évidence abrupte. » « Actualitte », octobre 2016

« « Petit pays » est magnifique, tant par l’écriture que par ce qu’il raconte. » « La Libre Belgique », septembre 2016

« Rien n’échappe à Gaël Faye, qui dépeint tout en finesse le racisme ambiant au Burundi, les bruits de la capitale, la moiteur des « cabarets », et surtout le climat électrique et morbide du pays dans les années 1990. » « L’Express », septembre 2016

« Un livre lumineux sur un sujet difficile (…) Il semble écouter ce que dit le silence. » « Le Figaro », septembre 2016

 

 

« Petit pays », Gaël Faye, Grasset, 2016

« J’ai écrit ce roman pour faire surgir un monde oublié, pour dire nos instants joyeux, discrets comme des filles de bonnes familles […]. J’ai écrit ce roman pour crier à l’univers que nous avons existé, avec nos vies simples, notre train-train, notre ennui, que nous avions des bonheurs qui ne cherchaient qu’à le rester avant d’être expédiés aux quatre coins du monde et de devenir une bande d’exilés, de réfugiés, d’immigrés, de migrants. »

Voilà un moment que je tourne autour de ce livre et de l’idée d’en faire un article. Voici donc, en attendant, un résumé et l’incipit, qui vous donneront j’espère déjà l’envie d’aller plus loin et de découvrir ce premier roman saisissant, percutant, tendre, joyeux, tragique, nostalgique.

Résumé et analyse de l’éditeur :

En 1992, Gabriel, dix ans, vit au Burundi avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Gabriel passe le plus clair de son temps avec ses copains, une joyeuse bande occupée à faire les quatre cents coups. Un quotidien paisible, une enfance douce qui vont se disloquer en même temps que ce « petit pays » d’Afrique brutalement malmené par l’Histoire. Gabriel  voit avec inquiétude ses parents se séparer, puis la guerre civile se profiler, suivie du drame rwandais. Le quartier est bouleversé. Par vagues successives, la violence l’envahit, l’imprègne, et tout bascule. Gabriel se croyait un enfant, il va se découvrir métis, Tutsi, Français…

« J’ai écrit ce roman pour faire surgir un monde oublié, pour dire nos instants joyeux, discrets comme des filles de bonnes familles : le parfum de citronnelle dans les rues, les promenades le soir le long des bougainvilliers, les siestes l’après-midi derrière les moustiquaires trouées, les conversations futiles, assis sur un casier de bières, les termites les jours d’orages… J’ai écrit ce roman pour crier à l’univers que nous avons existé, avec nos vies simples, notre train-train, notre ennui, que nous avions des bonheurs qui ne cherchaient qu’à le rester avant d’être expédiés aux quatre coins du monde et de devenir une bande d’exilés, de réfugiés, d’immigrés, de migrants. »

Avec un rare sens du romanesque, Gaël Faye évoque les tourments et les interrogations d’un enfant pris dans une Histoire qui le fait grandir plus vite que prévu. Nourri d’un drame que l’auteur connaît bien, un premier roman d’une ampleur exceptionnelle, parcouru d’ombres et de lumière, de tragique et d’humour, de personnages qui tentent de survivre à la tragédie.

Incipit

« PROLOGUE

Je ne sais vraiment pas comment cette histoire a commencé.

Papa nous avait pourtant tout expliqué, un jour, dans la camionnette.

– Vous voyez, au Burundi c’est comme au Rwanda. Il y a trois groupes différents, on appelle ça les ethnies. Les Hutu sont les plus nombreux, ils sont petits avec de gros nez.

– Comme Donatien ? j’avais demandé.

– Non, lui c’est un Zaïrois, c’est pas pareil. Comme Prothé, par exemple, notre cuisinier. Il y a aussi les Twa, les pygmées. Eux, passons, ils sont quelques-uns seulement, on va dire qu’ils ne comptent pas. Et puis il y a les Tutsi, comme votre maman. Ils sont beaucoup moins nombreux que les Hutu, ils sont grands et maigres avec des nez fins et on ne sait jamais ce qu’ils ont dans la tête. Toi, Gabriel, avait-il dit en me pointant du doigt, tu es un vrai Tutsi, on ne sait jamais ce que tu penses.

Là, moi non plus je ne savais pas ce que je pensais. De toute façon, que peut-on penser de tout ça ? Alors j’ai demandé :

– La guerre entre les Tutsi et les Hutu, c’est parce qu’ils n’ont pas le même territoire ?

– Non, ça n’est pas ça, ils ont le même pays.

– Alors… ils n’ont pas la même langue ?

– Si, ils parlent la même langue.

– Alors, ils n’ont pas le même dieu ?

– Si, ils ont le même dieu.

– Alors… pourquoi se font-ils la guerre ?

– Parce qu’ils n’ont pas le même nez. »

 

A lire : « Aurélia, Le Rêve et la Vie », Gérard de Nerval, 1854-1855 (une partie à titre posthume

Je découvre à travers tout d’abord des citations magnifiques ce texte de Nerval, qui s’est pendu avant d’avoir publié l’ensemble de ces textes dans lesquels il analyse ses crises de folie.

Voilà un ouvrage à lire, définitivement. Voici le début :

aurélia

PREMIÈRE PARTIE

CHAPITRE PREMIER

« Le rêve est une seconde vie. Je n’ai pu percer sans frémir ces portes d’ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible. Les premiers instants du sommeil sont l’image de la mort ; un engourdissement nébuleux saisit notre pensée, et nous ne pouvons déterminer l’instant précis où le moi, sous une autre forme, continue l’œuvre de l’existence. C’est un souterrain vague qui s’éclaire peu à peu, et où se dégagent de l’ombre et de la nuit les pâles figures gravement immobiles qui habitent le séjour des limbes. Puis le tableau se forme, une clarté nouvelle illumine et fait jouer ces apparitions bizarres : – le monde des Esprits s’ouvre pour nous. »

 

« El Desdichado », 1854, Gérard de NERVAL (1808-1855)

Je suis le Ténébreux, – le Veuf, – l’Inconsolé,

Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie :

Ma seule Étoile est morte, – et mon luth constellé

Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

 

Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m’as consolé,

Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,

La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,

Et la treille où le Pampre à la Rose s’allie.

 

Suis-je Amour ou Phoebus ?… Lusignan ou Biron ?

Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;

J’ai rêvé dans la Grotte où nage la Sirène…

 

Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :

Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée

Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.

Pile en lecture : bientôt sur vos écrans

J’ai beau avoir un stock bien rempli de livres à lire, impossible de m’en empêcher : une visite à la bibliothèque pour rendre « Méfiez-vous des enfants sages » de Cécile Coulon et je reviens avec trois nouveaux amis : « La Conversation amoureuse », d’Alice Ferney, « Et Nietzsche a pleuré », d’Irvin Yalom et « Corniche Kennedy », de Maylis de Kerangal. Mes PAL s’entassent partout où je trouve encore de la place. J’ai envie de tout lire mais je n’ai pas fini « Le Temps des amours » de Pagnol, ni l’ouvrage acheté et commencé hier soir, « Camus, L’Art de la révolte », d’Abd Al Malik, ni les deux romans empruntés à la bibliothèque, de Cécile Coulon et Richard Powers…

Donc on retrouvera un titre parmi tous ceux-là, et quelques autres, dans un billet bientôt ! Un peu de patience et un peu d’organisation, et le tour est joué !

« Celsius », Isabelle Mutin, les éditions Mutine, 2016

Je viens à peine de refermer ce court mais puissant texte que j’ai eu du mal à lâcher, que j’ai dévoré en trois jours. Je vous recommande ce premier roman. Un voyage éprouvant mais plein d’espoir dans les méandres de la vie psychique, amoureuse et familiale de la narratrice.

Voici le résumé offert par la maison d’édition :

Une jeune femme usée par la vie consulte, par amour pour son conjoint, Isidore Celsius, un psychiatre peu orthodoxe. Un dialogue électrique se noue entre le médecin et sa patiente. Leur relation se fait de plus en plus prégnante, l’équilibre du jeune couple est menacé. Quelles sont les véritables intentions de l’inquiétant Docteur Celsius ? L’héroïne parviendra-t-elle à reprendre le contrôle de sa vie ?

Après « DeSirium tremens » (nouvelles) et « Wuthering Ent » (contes), Isabelle Mutin nous livre son premier roman. Fidèle à sa poésie singulière et à la profondeur des thèmes abordés (l’amour, la maladie, la mort), Isabelle se délecte, avec Celsius, de quelques nouveautés : l’humour noir et le fantastique.

Les mots ne suffiraient pas à englober cette oeuvre. Vertigineux, profond, drôle et touchant, lucide et poétique, réaliste mais merveilleux. Une narratrice en perdition dont la voix résonnera longtemps dans ma tête, écho de son amour absolu, de ses questionnements, de sa chute inexorable, de ses perpétuelles oscillations entre espoir et abandon. Un hommage bouleversant à un combat perdu d’avance, au nom d’une passion amoureuse finement observée. On vit, on vibre, on sombre, en cadence avec la jeune femme.

Citations :

 

« J’ai dû naître avec une faille au départ, une fêlure qui allait s’accroître au fil du temps »

 

« Le Docteur Celsius était parvenu à m’inspirer confiance. Rapidement. Sans doute parce qu’il sortait du lot. J’ai toujours eu un goût prononcé pour la différence. Sa façon subtile d’agencer les mots avec une grande habileté, de piquer au vif et de provoquer m’avait séduite. Nos dialogues étaient de véritables parties de ping-pong et me mesurer à son esprit acerbe était un défi distrayant. On se lançait la balle et je comptais les points. J’en étais à trente-six points de suture. »

 

Quelques avis de lecteurs glanés sur le site de l’éditeur :

« Merci pour ce merveilleux moment passé en votre compagnie et celle de Celsius. Continuez à écrire. Votre sensibilité se dévoile à chaque ligne. » Nadine Bussière

« Fascinée et capturée en lisant ce roman… Écriture magnifique… Je ne trouve pas les mots pour décrire toute mon émotion et mon ressenti… Admirative… » Violaine Savonnet

« Roman intrigant et captivant, aux multiples sens profonds et à l’écriture poétique… étonnant roman mélancolique qui nous embarque dans son mystère de la première à la dernière ligne, nous laissant à peine le temps de nous demander où il nous amène… (…) Il y a surtout cette belle écriture souple et délicieuse, sensuelle et moderne… et il y a, sitôt le livre refermé, l’envie de lire vos autres livres. Bravo Isabelle ! » Dolores Porte

« Je ne dirai que deux mots : ACHETEZ-LE !!! » Thierry Mortamais

« Celsius ! Drôle de psychiatre qu’elle a trouvé là. Mais où commence la démence du médecin et finit le traumatisme mental de la patiente ? Qu’est-ce qui est réel, qu’est-ce qui est imaginé ? Une analyse psychologique capable d’interroger les hommes sur leur connaissance des femmes, et pour les femmes une confirmation de la spécificité féminine dans la souffrance et quand la résilience n’est plus possible ! » François Aronssohn

« Les obsessions d’Isabelle Mutin refont surface dans ce qu’elle qualifie de roman. Et qui évoque davantage un cauchemar raconté avec brio ! » Jocelyne Remy

« J’ai lu Celsius 4 fois. Celsius est une alchimie littéraire, lisez-le… »  Denis Benedetti

 

« LES ENFANTS QUI S’AIMENT », Jacques Prévert

 

Les enfants qui s’aiment s’embrassent debout

Contre les portes de la nuit

Et les passants qui passent les désignent du doigt

Mais les enfants qui s’aiment

Ne sont là pour personne

Et c’est seulement leur ombre

Qui tremble dans la nuit

Excitant la rage des passants

Leur rage, leur mépris, leurs rires et leur envie

Les enfants qui s’aiment ne sont là pour personne

Ils sont ailleurs bien plus loin que la nuit

Bien plus haut que le jour

Dans l’éblouissante clarté de leur premier amour