« Méfiez-vous des enfants sages », Cécile Coulon, Viviane Hamy, 2010

 

Une petite ville du sud des États-Unis, les années 1970 : Lua, la narratrice, enfant puis adolescente maline et débrouillarde, s’ennuie et décrit son entourage, ses parents, ses camarades, ses profs et son voisin Eddy, avec un point de vue assez désabusé pour son jeune âge. Elle s’interroge, noue des amitiés avec des hommes paumés, perd la foi, en Dieu mais aussi en son propre père.

De l’humour, de l’inattendu, une effrayante lucidité et un certain cynisme se dégagent de ce deuxième roman de Cécile Coulon, écrit avant l’âge de 20 ans. L’auteur nous parle du fameux et douloureux passage de l’enfance à l’adolescence, de la perte des illusions et de la candeur enfantine perdue sur le chemin vers l’âge adulte.

Un bon signe : je lis ce livre depuis près de deux semaines. Je savoure chaque paragraphe, chaque page, chaque court chapitre. Je trouve le roman trop court, je compte les chapitres et pages restants, je m’arrête à la fin de chaque chapitre pour ne pas l’avaler d’un coup. Comme avec un caramel ou du chocolat. Je ne mâche pas, je veux le faire durer un maximum.

Je suis avec Lua, je voudrais en savoir davantage, la voir grandir et connaître son point de vue sur la suite de son évolution et celle de ses parents. Je tourne les pages malgré tout car je ne peux m’empêcher de continuer ma lecture. Cela me rend déjà triste de la quitter.

Ne pas vouloir refermer un livre, voyager, se faire de nouveaux amis, repenser à une phrase ou un passage, voilà ce qui fait selon moi un roman réussi, que je vais savourer d’abord, ruminer ensuite, chroniquer puis enfin conseiller. Et sûrement relire. Ce qui est certain : j’adorais déjà les statuts de Cécile Coulon sur Facebook, où elle publie des textes entre journal et pensées, j’aime tout autant si ce n’est plus la jeune romancière qu’elle était il y a sept ans. Et je vais dévorer la suite de son œuvre dès que j’aurais digéré la destinée brisée de Lua.

Il me reste à peine cinq pages… Je ne sais quand je vais oser terminer ce court roman (111 pages si on compte la bande originale à la fin de l’ouvrage), mais je sais déjà que je le place dans ces rares romans qui m’ont remuée, bouleversée, questionnée, avec ce ton si particulier, oscillant sans cesse entre tendresse et cruauté, espoir et désillusion.

La fin m’a serré le cœur. Il me faut doucement, tout doucement, laisser Lua partir, refermer son livre du bout des doigts, et écouter l’écho de sa voix lentement s’éloigner.

À lire, si vous ne l’avez pas déjà fait, et je vous envie.

 

4e de couverture :

« Je n’ai pas rêvé cette nuit-là. Mon chagrin grandissait dans mon sommeil. Je me souviens du réveil, avec l’impression de manque, et mes parents dans l’encadrement de la porte. J’ai pris mon pantalon qui traînait par terre. Dehors, il faisait déjà chaud, mais je ne suis pas allée à l’école. La maison d’Eddy était fermée. Je me suis assise sur les marches en me disant que Kristina ne serait jamais au courant, que Freak ne pourrait pas me dire ce qu’il en pense. J’ai arrêté de croire en Dieu, j’ai arrêté de croire qu’il y avait d’honnêtes gens sur Terre, j’ai arrêté de sourire pour rien, et je me suis dit que je devais faire comme lui, au moment où j’en aurais envie, et dire aux gens d’aller se faire mettre, une bonne fois pour toutes . »

 

Résumé de l’éditeur :

Méfiez-vous des enfants sages, c’est le Sud, celui des États-Unis dans les années soixante-dix. Des effluves littéraires et cinématographiques l’imprègnent : Carson McCullers, Le cœur est un chasseur solitaire, Flannery O’Connor, ou encore le film de Robert Mulligan Du silence et des ombres, tiré de l’unique roman de Harper Lee, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur.

 

Biographie de la romancière :

Cécile Coulon est née en 1990. Après une hypokhâgne et une khâgne à Clermont-Ferrand, elle poursuit ses études en Lettres Modernes. Elle se consacre actuellement à sa thèse dont le sujet est « Sport et Littérature ». Outre son goût prononcé pour la littérature, de Steinbeck à Luc Dietrich, Nathalie Sarraute ou Marie-Hélène Lafon en passant par Tennessee Williams, Stephen King ou Prévert, elle est aussi passionnée de cinéma et de musique.

Son premier roman Le voleur de vie et son recueil de nouvelles Sauvages ont paru aux Éditions Revoir. Ses cinq romans ont paru aux Éditions Viviane Hamy : Méfiez-vous des enfants sages (2010), Le Roi n’a pas sommeil (2012, couronné Prix Mauvais Genres France Culture / Le Nouvel Observateur la même année), Le Rire du grand blessé (2013), Le Cœur du Pélican (2015) et Trois saisons d’orage, Prix des Libraires 2017.

 

 

Extraits :

 

À 7 ans, Lua vit un traumatisme qui la changera à jamais :

« Ce qui était né en moi, je le devais à mon père, endormi sur ses principes, oubliant qu’en ce monde, les gens ne vivent pas pour calculer des théorèmes en permanence. Il avait flingué en un rien de temps tout ce qui fait qu’une gamine est une gamine, mais pour comprendre ça, il aurait fallu que Père Markku ouvre grand ses yeux et détourne le regard de sa fichue boîte en carton percée de trous. Sœur Popeye s’est fait la malle pour venir se loger là-haut, blottie dans ma pâte à cervelle, ses huit membres serrant mon crâne jusqu’à l’étouffer. »

 

La perte précoce de la foi face aux injustices et à la mort :

« Pendant seize ans, j’ai eu un pote plutôt beau gosse, avec ses cheveux longs et sa couronne d’épines, punk à souhait. Jusqu’à ce que la foi s’en aille comme un grain de sable entre deux rochers. J’ai perdu un copain et j’ai perdu une raison de me lever le matin. […] Alors Dieu, ou Jésus, je vous ai toujours confondus de toute façon, prends tes cliques et tes claques, retourne là d’où tu viens, enlève-moi cette couronne à la con et trouve-toi des fringues propres. Cherche un taf, un vrai, fais-toi à manger le soir en rentrant, regarde la télé ou fais des mots croisés, appelle tes potes de la Cène et organise un barbecue avec merguez et sauce piquante, et surtout, ne me dis plus ce qui est bien ou mal, n’essaie pas de me montrer le chemin, parce que vu tout ce que tu as fait dans ta longue vie d’Éternel, il n’y a pas de quoi être fier. Vraiment pas. »

 

Humour et personnages anti-héros, voici une des répliques d’Eddie :

« Il suffit de coucher avec une femme pour avoir la preuve que Dieu existe. Il n’y a que lui pour avoir eu la divine idée de faire une paire de fesses, on peut y poser les deux mains à la fois. »

 

Critiques dans la presse :

« Une histoire douce-amère dont l’écriture tempérée exprime avec grâce la violence des enfants sages. » LE FIGARO MAGAZINE

« Construit sur une suite d’anecdotes (parfois amusantes, souvent cruelles), ce décor fantasmé où il ne fait pas bon vivre n’est jamais loin du conte et illustre joliment le passage à l’âge adulte. » NOUVEL OBSERVATEUR

« on pourrait croire que l’auteure est la réincarnation de Carson McCullers, racontant les secrets de l’Amérique profonde. […] Cécile Coulon a la manie du détail. Chaque personnage est décrit avec précision, même s’il ne fait qu’une simple apparition. Elle nous bluffe par la maturité et l’humilité de son écriture. » ELLE

« On ne veut pas accabler la jeune romancière sous les références (Carson McCullers, bien sûr), mais on ne peut que louer la maturité de son écriture, son sens des détails et du rythme, jusque dans les choix pointus de la bande-son qui, comme une ballade à la guitare, accompagne les rêves noyés sous le Cherry Coke, les ambitions rabotées par la vie et dont le souvenir déglingue les cœurs. » LIVRES HEBDO

« Ces personnages à dormir debout prennent vie sous la plume de la romancière au fil d’une histoire à l’agencement complexe, bourrée de références, truffée de détails. Une écriture au trait juste. On y croit. À suivre. » L’HUMANITÉ

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Paul Éluard, « L’Amour la poésie », 1929

La terre est bleue comme une orange

Jamais une erreur les mots ne mentent pas

Ils ne vous donnent plus à chanter

Au tour des baisers de s’entendre

Les fous et les amours

Elle sa bouche d’alliance

Tous les secrets tous les sourires

Et quels vêtements d’indulgence

À la croire toute nue.

 

Les guêpes fleurissent vert

L’aube se passe autour du cou

Un collier de fenêtres

Des ailes couvrent les feuilles

Tu as toutes les joies solaires

Tout le soleil sur la terre

Sur les chemins de ta beauté.

“Bridge over Troubled Water”, Simon & Garfunkel, 1970

When you’re weary, feeling small

When tears are in your eyes, I’ll dry them all

I’m on your side, oh, when times get rough

And friends just can’t be found

Like a bridge over troubled water

I will lay me down

Like a bridge over troubled water

I will lay me down

 

When you’re down and out

When you’re on the street

When evening falls so hard

I will comfort you

I’ll take your part, oh, when darkness comes

And pain is all around

Like a bridge over troubled water

I will lay me down

Like a bridge over troubled water

I will lay me down

 

Sail on silver girl

Sail on by

Your time has come to shine

All your dreams are on their way

See how they shine

Oh, if you need a friend

I’m sailing right behind

Like a bridge over troubled water

I will ease your mind

Like a bridge over troubled water

I will ease your mind

“Blowin’ In The Wind”, Bob Dylan, “The Freewheelin’” 1963

“How many roads must a man walk down
Before you call him a man?
How many seas must a white dove sail
Before she sleeps in the sand?
Yes, ‘n’ how many times must the cannon balls fly
Before they’re forever banned?
The answer, my friend, is blowin’ in the wind,
The answer is blowin’ in the wind.

Yes, ‘n’ how many years can a mountain exist
Before it’s washed to the sea?
Yes, ‘n’ how many years can some people exist
Before they’re allowed to be free?
Yes, ‘n’ how many times can a man turn his head,
And pretend that he just doesn’t see?
The answer, my friend, is blowin’ in the wind,
The answer is blowin’ in the wind.

Yes, ‘n’ how many times must a man look up
Before he can see the sky?
Yes, ‘n’ how many ears must one man have
Before he can hear people cry?
Yes, ‘n’ how many deaths will it take till he knows
That too many people have died?
The answer, my friend, is blowin’ in the wind,
The answer is blowin’ in the wind.”

À toi 3 – Plus aucun signe de toi.

Pourquoi ? Comment ?

Je me restreins à ne l’envoyer qu’un « bonjour » et un « bonne nuit » par jour.

Dur. Frustrant.

Je me questionne. Tu me fais tout remettre en cause, en question,

en doute et interrogations. Moi. Toi. Ce nous possible que tu as fait miroiter.

Cette histoire, que je devais vouloir, qu’elle marche.

Et là ? Qui se bouge ? Qui attend ? Qui y croit ?

Pourquoi ? Comment ?

Te laisser ce fameux temps que tu as demandé.

Combien ? Comment ?

Déjà presque trois semaines que nous nous sommes vus, sentis, goûtés, que nous avons joui l’un de l’autre, l’un dans l’autre.

Et maintenant ?

Pourquoi et comment ?

À toi 2 suite et précédent

« Previously in M & R nan nan pas trop vite pas trop loin pas trop dur pas trop mieux »

Vendredi 20 octobre

13h13

J’ai fait un vœu.

Ne me rappelle plus lequel mais il avait sûrement à voir avec toi.

 

Here we go again

Not the end [my friend] (Doors)

Quand l’obscurité (creep in Norah Jones) pointe

 

10 jours plus tard

Tu me manques mais

« [C’est (le manque) est interdit »

[hier ou avant-hier soir moi dans mon bain : « Il manque quelqu’un ». Réaction immédiate et violente ou du moins brutale : « C’est interdit ! » Moi par message vocal : « j’étais sûre que tu allais dire ça… physiquement ! calmons-nous calmons-nous calmons-nous ! » « haha » (très drôle)]

Je dois lutter contre moi et filtrer ce que

je te confie. Car tu es loin.

Car tu es un homme

Car tu es brisé

Car tu es poète.

Tu as vécu et raté la distance.

Tu as vécu et souffert la « filiation ».

Tu as vécu et souff saigne encore la passion

Avec celle que tu baptises toujours la « femme de

ma vie ». Quatre ans. Amour avoué en juillet.

1

“Stripped” « Main girl » Charlotte Cardin “Mon Coeur mis à nu” [Baudelaire, le retour du retour du retour je le vois partout ces jours-ci celui-là. L’écriture-confession à la Rousseau et nos séances de psychanalyse nocturne(s) y sont sûrement pour quelque chose.]

I was a fool to love you

Don’t leave me hangin’ on

You’ve been misunderstanding me all along.

 

[A fool to love you

A fool to love you

I’m a fool to love the pain]

 

Tu as vécu, après dix ans de

fuite par le jeu et la virtualité (c’est par elle que nous « avons commencé »)

 

Don’t leave me hangin’ on [boy]

You misunderstood me all along [boy]

 

[I was a fool to love you

A fool to love you

I’m a fool to love the pain]

[Now] (I’m) / you’re / she’s just a pretty face (/) who can help you (me) (?)

 

We I fall in love too easily

I’m Are you callin’ out my name?

I am callin’ out your name

We’re burnin’ We’re burnin’ We’re burnin’

We will always stay the same

It’s a holiday ev’ryday

 

2

On s’est rencontrés

à travers ta plume, âme, art,

sensibilité

On a « fait connaissance »

s’est rapprochés

à travers mon esprit, mes reparties,

ma vivacité, ton étonnement fasciné et

amusé

 

❤ / estime / confiance moi

❤ / admiration / confiance toi [je me suis trouvé après avoir fui pendant dix ans puis cru mourir cet été] [j’ai beaucoup à te dire et t’apprendre]

❤ / complicité / engagement nous

> 3 tâches

 

Si tu veux que ça marche cette histoire

Il va falloir que tu te bouges le Q

∟> et toi

Veux-tu ?

Cette histoire ? c’est quoi ? continuer

à parler, écrire, sentir [à distance ou ensemble] > <3er ?

Je me bouge > % écrire

Et toi > tu te bouges % moi, toi

Elle, nous

Toi aussi tu dois nous vouloir,

Être prêt et te battre pour « cette histoire »

 

4

30/10/17           13h27

 

Qui y croit ?

Moi de moins en moins depuis ce texte que

tu as écrit, repris, publié,

mais sur Elle.

Même si s’applique complètement à moi et nous.

Tu me demandes suite ou point de vue

féminin > sur votre histoire ?!!

Sadisme absolu et douloureux pour moi.

À la place j’écris notre début

Tu es touché _ ému _

« Tu me donnes des ailes »

« Il n’y a pas de mots pour te dire »

C’est ton métier autoproclamé

donc essaie

À toi de te bouger ton petit Q pour moi !

 

5

Si tu veux, crois, es prêt ou

le deviens [fais tout pour le devenir], il va falloir

vraiment [sérieusement] que tu me rassures,

me conquières définitivement

car j’ai peur, pas estime moi,

trop admiration toi,

mais je chéris mon besoin [ressuscité] d’écrire,

tes encouragements et ton soutien, ta

façon de voir et souffler sur [ce que tu appelles] mon « potentiel »

et mon « talent en fait » «  je vais t’engueuler ».

Continue à m’engueuler, me bouleverser

mais surtout reviens me toucher, saisir,

caresser, embrasser, frôler, enlacer.

Soutiens-moi.

Vraiment. Pas que ces mots

derrière lesquels tu te caches, protèges.

 

6

Si tu crois en cette histoire, en

toi / moi / en nous surtout,

il va falloir que tu me prennes – vraiment

Le Q !

Que tu le revendiques comme le tien.

Exclusivement. Passionnément.

Amoureusement.

Car oui, amoureusement.

Pas que des paroles, des écrits

pas que des gestes, des baisers,

des étreintes [virtuelles et rituelles / réelles / charnelles] et « cartouches » [tu m’en dois environ 52].

Du cœur, de l’âme

pas que de l’esprit, étape 1

de la chair, étape 2

mais de l’âme, étape où j’entre et

où tu as peur de pénétrer pleinement.

 

7

Donc,

si tu peux que cette notre idylle aille

plus loin, et elle peut à mon avis

voler au-delà des nuées, nous

extraire de la pesanteur de l’être

vers la légèreté du vivre.

Si tu peux donc me rejoindre

et prendre la main tremblante et brûlante que j’ose à peine te

tendre,

alors il va falloir réellement,

par des actes,

te bouger le cœur.

 

8

« Il Bacio », Paul Verlaine (1844-1896), « Poèmes saturniens » (1866)

 

Baiser ! rose trémière au jardin des caresses !
Vif accompagnement sur le clavier des dents
Des doux refrains qu’Amour chante en les cœurs ardents,
Avec sa voix d’archange aux langueurs charmeresses !

Sonore et gracieux Baiser, divin Baiser !
Volupté non pareille, ivresse inénarrable !
Salut ! L’homme, penché sur ta coupe adorable,
S’y grise d’un bonheur qu’il ne sait épuiser.

Comme le vin du Rhin et comme la musique,
Tu consoles et tu berces, et le chagrin
Expire avec la moue en ton pli purpurin…
Qu’un plus grand, Gœthe ou Will, te dresse un vers classique.

Moi, je ne puis, chétif trouvère de Paris,
T’offrir que ce bouquet de strophes enfantines :
Sois bénin et, pour prix, sur les lèvres mutines
D’Une que je connais, Baiser, descends, et ris.

« Ophélie », Arthur Rimbaud (1854-1891)

 

I

Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles

La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,

Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles…

– On entend dans les bois lointains des hallalis.

 

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie

Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir

Voici plus de mille ans que sa douce folie

Murmure sa romance à la brise du soir.

 

Le vent baise ses seins et déploie en corolle

Ses grands voiles bercés mollement par les eaux ;

Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,

Sur son grand front rêveur s’inclinent les roseaux.

 

Les nénuphars froissés soupirent autour d’elle ;

Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,

Quelque nid, d’où s’échappe un petit frisson d’aile :

– Un chant mystérieux tombe des astres d’or.

 

II

 

O pâle Ophélia ! belle comme la neige !

Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté !

C’est que les vents tombant des grands monts de Norvège

T’avaient parlé tout bas de l’âpre liberté ;

 

C’est qu’un souffle, tordant ta grande chevelure,

À ton esprit rêveur portait d’étranges bruits,

Que ton cœur écoutait le chant de la Nature

Dans les plaintes de l’arbre et les soupirs des nuits ;

 

C’est que la voix des mers folles, immense râle,

Brisait ton sein d’enfant, trop humain et trop doux ;

C’est qu’un matin d’avril, un beau cavalier pâle,

Un pauvre fou, s’assit muet à tes genoux !

 

Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre Folle !

Tu te fondais à lui comme une neige au feu :

Tes grandes visions étranglaient ta parole

– Et l’Infini terrible effara ton œil bleu !

 

III

– Et le Poète dit qu’aux rayons des étoiles

Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis ;

Et qu’il a vu sur l’eau, couchée en ses longs voiles,

La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.

Mon amie la rose – Françoise Hardy

 

« On est bien peu de chose

Et mon amie la rose

Me l’a dit ce matin

À l’aurore je suis née

Baptisée de rosée

Je me suis épanouie

Amoureuse et heureuse

Aux rayons du soleil

Me suis fermée la nuit

Me suis réveillée vieille

Pourtant j’étais très belle

Oui j’étais la plus belle

Des fleurs de ton jardin

 

On est bien peu de chose

Et mon amie la rose

Me l’a dit ce matin

Vois le dieu qui m’a faite

Me fait courber la tête

Et je sens que je tombe

Et je sens que je tombe

Mon cœur est presque nu

J’ai le pied dans la tombe

Déjà je ne suis plus

Tu m’admirais hier

Et je serai poussière

Pour toujours demain

 

On est bien peu de chose

Et mon amie la rose

Est morte ce matin

La lune cette nuit

A veillé mon amie

Moi en rêve j’ai vu

Éblouissante et nue

Son âme qui dansait

Bien au-delà des nues

Et qui me souriait

Croit celui qui peut croire

Moi j’ai besoin d’espoir

Sinon je ne suis rien

On est bien peu de chose

Et mon amie la rose

Est morte ce matin

La lune cette nuit a veillé mon amie

Moi en rêve j’ai vu

Éblouissante et nue

Son âme qui dansait

Bien au-delà des nues

Et qui me souriait

Croit celui qui peut croire

Moi j’ai besoin d’espoir

Sinon je ne suis rien

 

On est bien peu de chose

Et mon amie la rose

Me l’a dit ce matin

Vois le dieu qui m’a faite

M’a fait courber la tête

Et je sens que je tombe

Et je sens que je tombe

Mon cœur est presque nu

J’ai le pied dans la tombe

Déjà je ne suis plus

Tu m’admirais hier

Et je serai poussière

Pour toujours demain. »

(paroles : Cécile Caulier / musique : Cécile Caulier et Jacques Lacome), 1964

À toi

 

Premier contact

Tentative de réponse à une question que tu n’as pas posée

Tes mots m’ont fait chavirer

Ton humour et le mien se sont acoquinés

Ta présence m’a confortée

Ta voix m’a charmée

Ton sourire m’a illuminée

Tes yeux m’ont ravivée

[et ton regard m’a bercée, cherchée, jaugée, estimée]

Tes paroles m’ont menée au bord de l’extase

Ton écho m’a apaisée

 

Et ta présence ?

Comment allait-on passer de ce virtuel si tellurique

À une réalité prosaïque et trop humaine ?

 

En retard, déboussolée, complètement désorientée.

Je t’ai vu arriver.

Ne pas me voir.

Faire semblant peut-être comme moi.

Pour retarder.

Me laisser reprendre ma respiration.

Calmer les battements affolés de mon cœur enfermé dans ma poitrine brûlante.

Car tu étais beau.

En vrai.

Touchant.

Attirant.

Aimantant.

Je suis restée assise.

Feignant de regarder mon téléphone,

De ranger mes écouteurs.

Pendant ce temps pourtant nous étions connectés, par téléphone.

Si proches et si loin.

À deux mètres de moi.

À des années-lumière.

 

Mais tu étais beau, touchant, attirant.

Et puisqu’il fallait bien.

Se rencontrer. Se résigner.

Retomber sur cette terre trop dure et trop froide.

 

J’ai donc accepté.

De revenir sur Terre.

De retomber.

Mais dans tes bras.

Mais je vais trop vite.

Tes bras autour de moi, c’est plus tard.

Ça a mis du temps.

Mais pas tant que ça.

 

Car tes lèvres sur les miennes.

Comme si elles connaissaient le chemin.

Déjà parcouru par les mots depuis des jours et des nuits.

Des nuits surtout.

Et quelles nuits…

 

Blanches mais brûlantes

Exténuantes mais revigorantes.

À m’épuiser j’y puisais une force nouvelle

Comme Achille tombant au combat

Reprend puissance au contact de sa mère la Terre.

 

Ma force je la puise en toi.

Dans tes mots, depuis le début

Dans ta voix, très vite

Dans tes yeux, ton sourire, dès qu’ils sont apparus sur l’écran bleuté.

 

Tes lèvres donc.

Et les miennes.

 

C’est moi qui ai donné le signal.

En remarquant

L’air de rien mais l’envie de tout,

L’envie de toi en tout cas,

(et par-dessus tout à ce moment-là)

Qu’en fait on ne s’était même pas fait la bise.

 

Envie que tu te rapproches

Que tu m’approches, me touches,

Que tu arrives enfin là où tu es venu.

Contre moi, sur moi, en moi.

 

Une bise, une autre, et, enfin, le contact.

 

Doux

Chaud

Touchée jusqu’au plus profond de mon être

Chavirée

À nouveau.

Retour au premier contact.

Des mots au baiser.

 

Tu m’as touchée.

À moi de te rendre la pareille.

Du moins essayer.

Tu ne pourras pas dire

Que je n’ai pas essayé

Que je ne me suis pas efforcée

De t’atteindre par ce qui te remue.

 

Car toi tu me remues.

Remuons-nous en cadence

Ne nous arrêtons plus

Viens chalouper contre moi.

 

Tu es si loin

Qu’il ne nous  reste que les mots

Ce sont eux qui s’entrechoquent.

À quand ta bouche à nouveau ?

 

Reviens

Me

Chavirer.

 

Écrit à ta demande. Même si ce n’est pas la suite de ton texte.

Lui il a été écrit pour ton ex.

Donc comment veux-tu et même comment demandes-tu que j’y réponde ?